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Indigeste disciples de Kaïros

Publié le

L’ idée était plutôt bonne: un roman reposant sur des extraits de blogues, des messages-textes, des rapports, des conversations transcryptées. Les disciples de Kaïros est une sorte de roman épistolaire nouveau genre. Narrer une histoire via les moyens de communication actuels, cela était alléchant, et intrigant: comment rendre l’instantanéité des conversations, les silences, les non-dits échangés lors de discussions instantanées. Et les extraits de blogues, comment allaient-ils compléter l’histoire?

Frédéric Greene vient de perdre sa mère. Il transcrit sa douleur sur son blogue, espérant être lu, et aspirant ainsi à se débarrasser de son chagrin. Écrire lui fait du bien.

Frédéric va découvrir qu’il est un Gardien. J’ai commencé à décrocher lorsque les noms de Hénoch et Kôkâbîel furent juste cités, les références aux anges ne m’inspirent jamais en littérature. J’ai tout de même poursuivi, histoire de passer outre mon jugement un peu trop spontanément négatif.

Revenons à notre Gardien. Il est poursuivi par des hommes en chaussures blanches, voit des cordons qui sortent des nombrils des gens et s’effacent devant eux ou les précèdent (il s’agit de leur destin).  Sa mission? Lutter pour sauvegarder le temps. Et oui, « les opposants au temps organisé » veulent semer le chaos.

Habile, mais insuffisant.

Le jeune homme est sous la loupe de l’observateur 1043. Celui-ci en sait beaucoup sur lui, sur son passé, sur les petits larcins commis (plutôt de mauvaises blagues d’ailleurs).
Dès le début, la présence de cet observateur interpelle. Son dossier sur Frédéric Greene, ses conversations par messages textes avec d’autres observateurs, permettent à l’histoire de s’ébaucher, de commencer à prendre vie, et surtout d’attiser la curiosité du lecteur.
Habile trouvaille de l’auteur, Anthony Mak, que de mener un récit par un système narratif basé sur les nouveaux mode de communication.

C’est presque sans surprise qu’il endosse sa mission. Une fois n’est pas coutume, le héros a en lui une connaissance surréelle de ce qu’il est, comme « un bon souvenir qu’ [il ]avait oublié ». Une trame n’ a pas nécessairement à être nouvelle, la différence se joue dans son expression, dans la capacité de l’auteur à raconter une histoire,  et de créer aussi une atmosphère. Rien de tout cela n’est présent dans Les disciples de Kaïros

À aucun moment, l’histoire ne lève. Impossible de s’ancrer dedans, j’ai abandonné  à la page 104. Le tout est sans substance, pas de saveur dans les mots, pas d’histoire dans laquelle on a envie de se laisser prendre. La narration est trop lourde, maladroite même. Par exemple, lorsque Frédéric est contacté par son Gardien via messages-textes, il se méfie et lui assène avec colère un « Allez-vous faire voir, espèce de prédateur sans scrupules! » Répartie très étrange, je trouve, venant d’un adolescent plein de méfiance. Non, pas que les ados ne puissent s’exprimer ainsi, mais le langage utilisé ici n’est pas crédible. Cela manque de spontanéité dans le choix de la formule, cela ne sonne pas naturel, et surtout, cela ne colle pas avec le style employé par Mak dans les autres conversations qu’a Frédéric en messagerie instantanée.

La narration des évènements via les rapports, le blogue, et via les communications instantanées peinent à compléter un récit à l’atmosphère déjà bien pâle.

J’avais envie d’aimer ce roman. Premièrement, parce qu’il est édité chez Leméac, deuxièmement parce que le design graphique de la couverture est, tout simplement, une réussite. Mais je n’ai pas pu poursuivre plus avant ma lecture. Je suis allée feuilleter quelques pages supplémentaires, et lire la fin, avec un gros soupir.

Dommage, l’idée d’ « un roman polyphonique, encyclopédique et à l’image de ce monde de communications dans lequel nous vivons » avait tout pour plaire.

Les disciples de Kaïros, Anthony Mak, édition Leméac, 2010.

Pour info, j’ai fait une petite recherche et « Kairos », en grec, est un concept qui permet de définir le temps, plus exactement, « Kairos est le dieu de l’occasion opportune, du right time, par opposition à Chronos qui est le dieu du time. », mais « c’est aussi du temps, mais qui est hors de la durée; c’est l’instant fugitif mais essentiel, soumis au hasard mais lié à l’absolu. » ( la deuxième citation est de Jackie Pigeaud, source L’encyclopédie de l’Agora).

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Une réponse "

  1. Dommage !
    Une bonne idée qui se transforme en mauvais livre!
    Merci !

    Réponse

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