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Attendre sous le signe de Guillaume Guéraud

Publié le

Je pense au prochain roman à paraître de Guillaume Guéraud dont Gawou a parlé, et cela m’a donné envie de mettre à nouveau en ligne la critique de Je mourrai pas gibier.

Je mourrai pas un gibier est une balle tirée à bout portant. Balle ravageuse, assassine, dérangeante. Les mots de Guillaume Guéraud tranchent, dépècent, ils sont sans fioritures, directs, comme la folie meurtrière dans laquelle bascule la voix du roman : ou comment un mariage rime avec carnage.
Une voix qui tourne sur elle-même tel un fauve en cage. Une ombre qui expose froidement les faits. L’angoisse s’insinue entre les lignes et mord à vif les nerfs du lecteur. « Je suis né chasseur, je mourrai pas gibier » un leitmotiv refusé par le meurtrier et qu’il va, pourtant, faire devenir sien. Prêt à tout pour ne pas être ce gibier, cette bête condamnée à une mort lente dans une famille et un milieu qui le rongent et l’anesthésient.

Il n’y a pas d’interrogations, pas de justifications, et pourtant le lecteur se retrouve tourmenté face au filament de compréhension qui se faufile en lui. Et cela, c’est inacceptable, difficile à avaler.
On pourrait essayer d’expliquer un tel acte en citant dans le désordre : une famille et un village faits de haine, de violence, un futur impossible, une vie toute tracée, ou encore un souffre-douleur exposé à une bestialité ouvertement affichée, valorisée, revendiquée. On pourrait expliquer. On pourrait. Cela serait si commode. Mais « des raisons, on peut toujours en trouver. Des bonnes ou des mauvaises. En pagaille. »
Une épreuve de lecture, un désordre émotionnel, mais aussi, étrangement, un affranchissement.

Je_mourrai_pas_gibier2La bande dessinée, scénario et dessin d’Alfred et Henri Meunier à la couleur, est toute aussi percutante. L’atmosphère oppressante est parfaitement rendue, les tracés rendent à la fois la rudesse, la violence des personnages mais aussi la fragilité du personnage principal. Un malaise que l’on admire, que l’on détaille. La force des images se succèdent, le scénario reste proche du roman et le lecteur, une fois de plus, reste coi.

Je mourrai pas gibier, Henri Meunier et Alfred, d’après le roman de Guillaume Guéraud, Delcourt, 2009

Je mourrai pas gibier, Guillaume Guéraud, Rouergue, coll. Do a Do noir, 2006.

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