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Relire Pas raccord encore et encore

Publié le

Il y a des livres que je relis, régulièrement.

Pas raccord, de Stephen Chbosky est de ceux-là. Lors de sa parution, cela a été mon grand coup de coeur. Il L’est toujours. Ce livre est MON livre.

J’aime me battre pour ce livre. Lorsque les clients hésitent, sont un peu frileux, ont peur qu’il soit trop dur, je les rassure. Oui, le langage peut être vulgaire, mais cela n’est pas gratuit, cela fait partie de la narration. Oui, ce roman n’est pas un hymne à la joie, oui ce roman est censuré dans certains endroits aux Etats-unis., oui il y est question de sexe, de drogues, oui il est dramatique. Mais pas que.  À toutes objections je réponds oui, et je m’enflamme, et les clients partent avec.

Les lectures laissent parfois des empreintes, des traces. Parfois, c’est plus que ça, cela relève de l’ indicible. Parfois encore on n’a pas les mots. Et parfois on n’ose pas nommer ces empreintes, de peur de les voir s’effriter en soi.
Il m’est difficile de raconter Pas raccord. Et pourtant, ceux à qui je le conseille partent avec. Peut-être parce qu’ils sentent que sous mes mots, sous mes mains qui s’agitent, derrière ma voix qui vibre et mes yeux qui brillent, se cache encore plus, se tapit ce que je ne parviens à nommer, à dire.
Pas raccord, je l’ai lu deux fois à peu de temps d’intervalle. Ce roman m’était nécessaire, il était un besoin.
Charlie est weird, un freak, il est bizarre. Il se raconte au lecteur via diverses lettres qu’il écrit à un ami dont l’identité ne sera jamais dévoilée. Il nous écrit, il nous raconte.
Le jeune homme est trop sensible, il est « pas raccord ». Il observe au lieu de faire, de vivre. Il vit mais sans être là, il est anesthésié. Sa vie va pourtant s’accélérer au contact de Sam et Patrick, tous deux plus âgés que lui. Des amis, enfin, pour ce jeune homme en perpétuel décalage, et trop souvent en dehors de la vie. Des amis qui vont l’amener sur un chemin, son chemin. Charlie dévoile avec candeur des moments de sa vie à l’école, avec sa famille, ses amis, ses bonheurs et ses drames. Ses confidences sont douces, abruptes, poétiques, désespérées.
Stephen Chbosky emploie un langage familier, qui apporte au roman une instantanéité, une réalité sans pareil. L’aspect familier de la langue n’empêche pas, comme on tend à le croire, la qualité littéraire. Chbosky vient chercher son lecteur en le mettant face à Charlie, à sa façon de dire les choses telles qu’elles sont, sans les enrober de fioritures. Les textes sont directs, courts, on y sent la maladresse de Charlie, on palpe ses émotions. Son langage oscille, il est le symbole d’une fin mais aussi d’un début. Pas raccord, c’est aussi une bande-son, celle de Charlie, et c’est aussi des livres, ceux lus tout au long de ses lettres. Des aspects personnels, intimes qui prennent corps et donnent un visage à Charlie.

Nous sommes tous « pas raccord » quelque part, nous sommes tous là, sans être là. Des entités composées d’images, de mots, de musique, de souvenirs, de sentiments, de peurs enfouies, inavouées.

Pas raccord, c’est aussi un regard sur soi et sur nos entraves.

Pas raccord, c’est tournoyer lentement sur une balançoire pour prendre son élan et voler haut, très haut dans le ciel, le vent sur le visage.

Pas raccord, Stephen Chbosky, trad. de Blandine Longre, éd. Sarbacane, coll. Exprim’, 2008.

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  1. Tu es terrrrrrrrrriblement convaincante, hop dans la LAL !

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