Flux RSS

Angèle et le cerisier

Publié le

« Angèle s’est encore levée

avant le jour.

C’est l’heure calme,

celle qui sent l’herbe fraîche

quand on ouvre la fenêtre,

l’heure où les gouttes d’eau

fleurissent sur les tiges du jardin.

Angèle remplit son bol de lait.

Elle y ajoute une larme de café

qui s’en va dessiner des lignes brunes

à la surface.

Puis les lignes s’effacent

et le blanc se fonce. »

 Angèle attend. Elle attend quelqu’un d’important ou plutôt une. Pour elle, elle se prépare, se coiffe, se parfume et prépare des petits sablés, son gâteau préféré et sa spécialité. Elle attend, s’impatiente, et enfin elle arrive: la petite fille. Ensemble, elles mangent, elles descendent au jardin cueillir des cerises et taquiner les antennes des escargots. Même le coeur fatigué d’Angèle ne l’empêche pas de savourer ce moment. Puis, quelqu’un pousse la grille du portail, c’est Jean. Angèle ne l’entend pas, elle s’amuse trop. Il l’appelle: maman? et elle de répondre: papa?.

La petite fille c’est Angèle, c’est son souvenir, c’est sa maladie, c’est sa jeunesse et sa vieillesse, c’est son début et c’est sa fin. Cet album est un moment de finesse, de poésie et d’émotion. Le quotidien d’Angèle, vieille femme avec sa routine, se déroule dans des illustrations de Teresa Lima aux teintes douces où couleurs, noirs et blanc se répondent pour mieux ancrer l’ atmosphère. Une atmosphère d’un temps passé, révolu. Celui des vieux. Chaque page est un pas dans la vieillesse, ce sont des indices lors de la lecture. Mais même si on pressent l’identité de la petite fille, on ne veut pas voir, tellement le texte est beau, tellement Angèle est belle. Tellement elle rayonne. C’est lorsque le « papa? » résonne que la digue se rompt.

Le texte – de Raphaële Frier – coule,il porte à la fois la solitude et la joie d’Angèle. Il y naît alors une poésie, celle de la vie observée, de la vie dont on se souvient, mais aussi celle qui se vit encore un peu et finit d’être.

Un album rare sur la vieillesse, sur le temps qui file entre les doigts des mémoires écornées. Maudit Alzheimer. Mais la vie est belle, car Angèle se sait encore un peu. Et son fils, sait, aussi, pour elle.

Copyright :Teresa Lima, Atelier du poisson soluble, 2011

Angèle et le cerisier, Raphaële Frier, ill. de Teresa Lima, Atelier du poisson soluble, 2011

Publicités

"

  1. Il a l’air si beau,si doux,si tendre…on dirait bien une lecture-frisson…

    Réponse

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :