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Hanaken, la lignée du sabre. Une belle surprise

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Voici un premier roman qui m’a surprise, je dirais même, agréablement surprise.

Hanakken, la lignée du sabre, de Geneviève Blouin, nous plonge dans le Japon médiéval, celui des samouraïs, celui où l’honneur fait office de loi. La famille Hanaken est une famille respectée et crainte. Le père, Hanaken Sasori, est le maître d’armes du seigneur Takayama, et ses enfants, filles comprises, apprennent l’art du combat. Mais la disgrâce les frôle de peu, car Hanaken Sasori a essayé d’attenter à la vie de son maître. Pour sauver son honneur et celui de sa famille, lui et sa femme se font seppuku : ils se tuent. L’honneur. C’est cet honneur qui va inciter les enfants Hanaken à poursuivre l’oeuvre de leur père: assassiner le seigneur Takayama. Mais ce n’est pas si simple, surtout lorsque Yukié et Satô, les deux esprits libres de la famille, s’interrogent sur le bien-fondé de leur vengeance. Au pays des samouraïs, l’honneur n’est pas tout, semble-t-il.

Le prologue est une bonne accroche, c’est court, direct, haletant, parfait pour exposer l’acte de trahison que commet Sasori, et il interpelle suffisamment l’intérêt pour inciter à poursuivre la lecture. On plonge ensuite directement en plein Japon médiéval: on est frappé de plein fouet par une culture, ou plutôt un état d’esprit où l’honneur est plus que tout. La scène du seppuku est particulièrement réussie tant Geneviève Blouin la relate avec finesse, sans pour autant amoindrir toute la violence de l’acte. C’est par le regard de Satô sur le seppuku que la finesse de la scène se joue en partie. À ce moment là le temps s’étire, il se déroule lentement, pour lui, mais aussi pour le lecteur. Le seppuku est donné à voir à travers deux types de regard: celui de son père, fier jusqu’au bout, et Satô, orphelin pour qui l’honneur à ce moment là n’est d’aucun recours. Le roman s’ancre alors un peu plus: c’est un roman d’aventures, un roman de guerrier, mais déjà le personnage de Satô annonce, entre les lignes, un futur dilemme: qu’est ce que l’honneur? Et qu’est-ce qu’un vrai guerrier?

Il y aussi une dimension psychologique, car, tout au long du roman on suit Satô et Yukié dans leur pas vers la vengeance, des pas qui les font plutôt reculer, qu’avancer. Ce qui va d’ailleurs attiser l’ire de leur soeur et de leur frère, mais va aussi à l’encontre de tout ce qu’on leur a appris :la culture de l’honneur. Cette demi-teinte, ces hésitations se retrouvent tout au long de l’histoire, par touche – la relation que construit Yukié avec le seigneur est d’ailleurs très intéressante et la met sur le chemin de la réflexion – et l’auteure ne s’appesantit pas dessus, d’où une belle fluidité dans la narration. Fluidité aussi dans le style. Nous sommes au Japon, et l’écriture de Genviève Blouin colle à cet aspect en jouant avec des comparaisons et des métaphores proches de la nature, de la contemplation de celle-ci, mais aussi proche de l’art du combat et de l’esprit samouraï. À cet égard, les mots de la fin sont une belle combinaison des deux. Mais, il est hors de question de les dévoiler ici…

Si Geneviève Blouin parvient à dessiner une atmosphère et un cadre, elle maîtrise encore plus l’action. Les scènes de combat sont rapides, fulgurantes, bref de quoi donner une envolée au texte, mais c’est surtout réaliste. Un combat c’est les blessures, la souffrance, la fatigue, c’est des duels, des hommes, et pas juste une armée qui s’entrechoque, et ça Geneviève Blouin l’a bien compris.

Je parle de surprise au début de ma chronique. J’ai en effet un peu crispé mes sourcils au début et à d’autres passages (oui, oui, cela se peut de crisper les sourcils…). Il y a en effet quelques faiblesses au niveau des dialogues, cela est dû, en partie, à des niveaux de langage qui diffèrent légèrement par moment et ne collent pas avec les personnages. Il s’agit plus ici d’une difficulté à caractériser les personnages – surtout Satô – dans les détails, les expressions, et, de cela, découle une faiblesse au niveau de l’intrigue, qui ne semble ne pas trop où aller par moment. L’attirance naissante entre Yukié et une jeune samouraï, et elle aussi un peu maladroite.

Hanaken, la lignée du sabre se clôt sur une narration tendue, et le dénouement sort des sentiers battus, ce qui aboutit à un final étourdissant par sa teneur et par ses mots.

Prospéryne en a fait une critique très construite et très intéressante. Et elle a aussi aimé.

Merci à la librairie Monet, précieux partenaire, pour le partage de ce livre

Hanaken, la lignée du sabre, Geneviève Blouin, Édition Trampoline, coll. Aventure illustrée, 2011

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  1. Agréable surprise que cette critique pour moi aussi. 🙂 Le langage des personnages a été un très grand défi dans ce roman : je voulais retranscrire un peu les manières japonaises, ce qui a donné des répliques parfois grandiloquentes et à d’autres moments très familières… L’effet n’est pas parfait, mais bon, ce sera à retravailler.

    Quant à Satô, c’était un personnage difficile, plus près de l’enfance que sa soeur et il ne se laissait pas facilement apprivoiser. Mais je pense l’avoir bien en main pour la suite… 😉

    Réponse

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