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Elise Fontenaille

Publié le

Les mots d’Élise Fontenaille sont des petites balles qui s’insèrent dans le lecteur et distillent leurs fragments lentement.

Ma première rencontre avec elle, ce fut avec le foudroyant La cérémonie d’hiver. J’ai enchaîné avec le terrible et bouleversant Les disparues. Je me promets de lire tous ses livres, notamment L’homme qui haïssait les femmes.

Quand est sorti Le garçon qui volait des avions, il a été vite acheté, et vite lu. Encore une fois, ce qui frappe c’est la narration. Entre style journalistique affichant un air détaché et narration de faits divers, elle créé un univers, celui de ses personnages, qui nous plonge en plein coeur de leur vie, d’eux-mêmes et des drames qui les touchent. Élise Fontenaille est une sorte de Zola. Habituellement, je n’aime pas les comparaisons, mais en la lisant, on sent la révolte, les mots sortent et racontent ce qui pourrait être une banalité, un fait divers glauque, un évènement, mais qui n’en sont pas du tout. Jamais même. En sortant de ces lectures, on sort révolté, on contient avec peine le sentiment d’injustice et la peine ressentis pour ces êtres dont elle raconte l’histoire. Les disparues de Vancouver a été un choc, un ébranlement, tant de femmes sont mortes parce que tout le monde s’en foutait. Après tout, c’était des prostituées, et elles n’était pas blanches, ne vivant pas dans les beaux quartiers. Oui, s’en foutait, langage un peu familier, mais je me vois mal écrire « tout le monde n’en avait cure ». C’est là aussi que pointe les mots de Fontenaille, ils vont au creux des choses. Ils disent ce qui n’a pas été dit. Elle raconte ceux qui n’ont pas eu voix au chapitre, ceux qu’on n’a pas voulu écouter.Le garçon qui volait des avions, s’inspire de Colton Harris-Moore, cet ado, ce voleur aux pieds nus, qui a nargué la police et le FBI pendant un long long moment… Un ado qui volait, seulement, mais dont la tête a été mise à prix, un ado que des voisins n’aurait pas hésité à tirer comme un lapin, à tuer, parce qu’il les a volé. Les biens sont si précieux… Mais plus q’un voleur, qui a vu en Colton un garçon malheureux et qui ne se sentait pas à sa place? Qui a vu ce garçon épris de liberté? Ils étaient nombreux et peu en même temps. Une page de fans facebook a été créée :parce qu’il narguait la loi ou parce que sa liberté insolente faisait rêver? Au fond, peu importe, Colton a été entendu. Et lire le roman d’Élise Fontenaille c’était voir ce garçon, qui était juste ça : un garçon, et pas l’ennemi public numéro 1. Refermer le roman, c’était voir un oiseau à qui on a coupé les ailes.

Plus qu’une affaire juridique où Colton va devoir rendre des comptes, c’est une question de liberté, d’individu magané et jamais écouté.

Un autre de ses romans traite d’un sujet dit « choc ». Le soleil et la mort traite du suicide. Un groupe de jeunes, qui s’est rencontré sur internet, planifie un suicide collectif sur une petite île de Bretagne. Leur mentor, un gourou

presque,les guide, les inonde de mots de Cioran, et va s’avérer fou. Encore une fois, ce sont les mots, déguisés sous l’apparence d’une narration simple qui viennent chercher. En fait, rien n’est simple dans le déroulement littéraire. La douleur des suicidaires est comme aseptisée, elle se confond avec celle de personnages désabusés et habitués à en parler. Et cette froideur effraie, car elle est terriblement réelle et révélatrice. Nul besoin d’être dans le pathos exacerbé, car celui-ci, de toute façon, sonne toujours faux. Heureusement, l’espoir n’est pas loin, cela aussi on le pressent dans la lecture.

Cependant, il y a un aspect précipité dans le déroulement de l’histoire qui entrave le plein potentiel de ce roman. Dommage. Mais pour moi, cela n’est pas très grave. Consciente des lacunes, je ne m’empêche pas d’aimer tout de même, car c’est Élise Fontenaille.

Voyez-vous parfois la critique n’empêche la grande affection et l’admiration.

L’avis de Sophie lit pour Le soleil et la mort, celui de Fantasia et celui de Émilie

Le garçon qui volait des avions, c’est par ici aussi

Le garçon qui volait des avions, Élise Fontenaille, Rouergue, 2011

Le soleil et la mort, Grasset jeunesse, 2011

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"

  1. merci Alice

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