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Marie Barguidjian sous le pissenlit

Publié le

Sous un pissenlit on trouve de la littérature jeunesse, mais qu’en est-il de ceux qui la créent, la font vivre, la partagent? Pour en découvrir un peu plus, pour partir à la rencontre des créateurs, des passeurs, et autres passionnés, le pissenlit ajoute un pistil à son arc: les entrevues du pissenlit.

Aujourd’hui, je vous présente Marie Barguidjian. Marie est avant out une passionnée, et travaille pour Gallimard Ltée à Montréal. La littérature jeunesse elle la savoure, la défend et plus que tout, elle en parle merveilleusement! Chaque encontre avec elle, vous laisse le sourire aux lèvres, et l’envie de lire plus, plus, plus!

Tout d’abord, Marie, pourrais-tu nous expliquer en quoi consiste ton travail au sein de Gallimard Ltée (Montréal)

C’est un travail très diversifié, basé sur la connaissance du fonds et des nouveautés bien sûr. J’organise des rencontres (sur des thèmes, des auteurs, des genres littéraires…), je suis en contact avec Gallimard et l’école des loisirs en France pour faire venir des auteurs lors de salon ou d’événements spéciaux comme celui de la rentrée, je vais sur les congrès, j’alimente le blogue de ces informations . C’est vraiment un partage de connaissances. J’apprends aux gens à mieux connaître ces éditeurs.

J’ai cru comprendre que tu avais un parcours scolaire dans le domaine des arts. Qu’en est-il exactement et comment en es-tu venu à travailler pour Gallimard Ltée ?

J’ai un premier prix de conservatoire et une maîtrise en histoire de l’art. J’ai longtemps donné des ateliers pour les enfants et les histoires me servaient de « liant ». Et puis j’ai commencé à écrire des histoires avec eux sur les tableaux que je leur montrais. Lorsque je suis arrivée au Québec, j’ai continué à proposer ce genre d’ateliers, puis l’école des loisirs m’a proposé de travailler à développer les abonnements MAX . J’y crois, à ces abonnements. Je crois au livre qui entre dans la maison. Cet éditeur fait un travail formidable, commercial bien sûr mais aussi socio-éducatif. Quelques années plus tard, c’est Gallimard qui a repris la diffusion de l’école des loisirs. Je me suis naturellement intégrée à l’équipe et j’ai pris à cœur de mettre en place des outils pour mieux diffuser le jeunesse.

Pour en revenir à ton affinité avec les arts, est-ce que cela influence ton regard sur la littérature jeunesse?

Certainement. En étude d’histoire de l’art, on t’apprend à analyser, à te poser des questions sur l’œuvre, ses origines, sa composition. En musique aussi, mais c’est plus abstrait. En fait tout me sert, même si une illustration n’est pas comparable à un tableau dans la mesure où elle s’inscrit dans une temporalité. Je suis sensible à la construction de l’image, à la lumière, aux couleurs, la place des personnages… comme lorsque je regarde une œuvre. Je dialogue avec elle.

Tu proposes sur ton blogue une thématique sur les arts. L’art est une porte ouverte sur un monde rempli de possibles. Pour toi, l’art ouvre quelle porte ?

Toutes les portes. Je n’exagère pas. L’art est relié à l’histoire, à l’émotion des humains et à leur nécessité d’exprimer des émotions ou des sensations dans un temps donné de la société. On n’est pas là par hasard. On n’en est pas là par hasard. Il faut bien comprendre dans quelle évolution on s’inscrit. De plus, l’art est une immense porte ouverte à la curiosité et aux multiples regards des cultures. Les enfants sont sensibles à tous les types de représentations du monde et leur monde visuel à eux est souvent pauvre entre la télé et l’ordi…

Cela fait un moment que tu côtoies le monde de l’enseignement. Comment qualifierais-tu le rapport que tu as avec les enseignants, bibliothécaires, conseillères pédagogiques, animatrices, etc ?

Un rapport de confiance. Je propose des choses (histoires, animations, analyses…), elles (ou ils) disposent ! Si je n’aborde pas toujours les choses de la même façon selon le public auquel je m’adresse, je crois qu’il y a une cohérence dans la façon dont je passe la littérature. Les enseignants par exemple, ont besoin d’avoir plus de connaissance en matière de littérature jeunesse pour l’exploiter et la mettre au cœur de la classe. Je tâche de leur montrer des livres incontournables. Chaque métier a ses besoins. Il y a cependant une chose qui je crois nous relie, c’est la passion. Me voir passionnée leur donne envie de poursuivre.

Lire est le propre de l’Homme, publié par l’école des loisirs est un plaidoyer. Quel est le tien ?

Je crois que j’aurais repris à mon compte le texte de Marie Desplechin. En y ajoutant, et je crois que c’est très important ici, dans un pays qui lutte pour garder sa langue, que la qualité du langage écrit permet aussi d’avoir une qualité de pensée. Souvent les jeunes ne comprennent pas qu’un livre c’est une pensée.

Il circule sur internet, une proclamation : http://www.thepicturebook.co/. De plus en plus d’auteurs et illustrateurs prennent la parole pour défendre une littérature jeunesse allumée, hors des conventions, qui propose aussi bien le Beau que l’Étrange à ses lecteurs. Je te pose la question vague par excellence °qu’est-ce que, selon toi, la littérature jeunesse ?

Un espace de liberté et d’idées pour le lectorat le plus précieux qui soit, la jeunesse. Un moment où tout se forme, prend forme, un moment que l’on quitte sans le vouloir vraiment, ni le savoir, mais on n’est pas obligé…On peut toujours garder un pied dans l’enfance. C’est cela, la littérature jeunesse. Alors tout est permis, ou presque, du moment que les choses sont dites subtilement, sans mièvrerie. La mièvrerie et la condescendance est la pire chose que l’on puisse trouver dans ce domaine. Tu sais, on écrit tous sur les mêmes sujets (la vie, la mort, l’amitié, l’amour…). Mais il y a des milliers d’approches possibles et je crois que la littérature jeunesse est très « libérée » à ce propos.

Parles-nous un peu de ton parcours de lectrice ? Lisais-tu enfant ? As-tu eu des périodes de refus de la lecture, etc ? Bref, si la lecture est un chemin, comment est le tien ?

J’étais beaucoup plus à mon piano qu’à mes bouquins mais j’ai eu deux révélations pour me faire comprendre ce que lire pouvait m’apporter : à treize ans, j’ai découvert en arrivant en vacances, que ma cousine chérie lisait de gros romans. Je me suis sentie toute petite, j’ai eu envie de grandir. Alors j’ai lu. Puis j’ai eu un prof en 1ere L qui lui m’est « rentrée » dedans en lisant Baudelaire, Verlaine, Prévert, Apollinaire…Mon dieu, que j’ai aimé comprendre, analyser ces textes, en creuser le sens…

Quels sont tes auteurs et illustrateurs fétiches et comment les as-tu découverts ?

Je suis fascinée par Claude Ponti. Ponti c’est de multiples bonheurs : celui de voir les enfantsplonger littéralement dans son monde, celui d’observer ce par quoi ils sont attirés et enfin, celui de réaliser combien son univers fait écho à notre esprit d’enfance alors que nous sommes adultes. Mais mes premiers amours ont été Nadja et Solotareff sans doute pour leur côté pictural.J’adore aussi Catharina Valckx…j’espère la faire venir bientôt à Montréal.J’ai quatre enfants alors j’achetais beaucoup de livres. J’avoue que les illustrations comptaient beaucoup dans ce que je choisissais quand j’étais plus jeune. Moins maintenant ; je veux dire que je ne suis pas attirée forcément par l’aspect esthétique. D’ailleurs, certains sont trop « esthétiques » à mon goût.   Dans le film Une faim de loup, une petite fille réagit sur la citation que Rascal a mise en débit d’album. Elle dit qu’elle ne comprend pas vraiment ce que cela signifie, mais que cela la touche et lui donne les larmes aux yeux. On touche au but dans ce genre de moment. Il faut que l’œuvre nous touche et parfois effectivement, nous sommes incapables d’une explication rationnelle. On a une intuition, un mot, une émotion cachée qui est venue nous chatouiller. Les œuvres riches ont toute cela.Tu es aussi auteure ! Parle nous de cette expérience !et bien je dois dire que c’est une expérience qui me manque et j’ai bien l’intention de m’y remettre. J’ai toujours inventé des histoires sur les morceaux que je jouais au piano, sur les tableaux que je regardais, alors il était naturel que je me lance un jour pour de  bon. Aux 400 coups, j’ai écrit trois livres auxquels je tiens beaucoup parce que ce sont des histoires imaginées sur les œuvres abstraites. Ça fait peur l’abstraction mais c’est intéressant. Les enfants n’ont pas de problème avec ça. Dommage, l’éditeur a fait des formats trop petits pour les deux derniers et cela ne mettait pas en valeur la peinture alors j’ai arrêté cette collection mais entre temps j’ai deux livres qui ont été édités à la RMN , des livres animés cette fois sur les peintres figuratifs. Mon but est de désacraliser l’approche de l’art.

Si tu devais écrire un roman, ou un autre album, quelle en serait la première phrase ?

Elle avança doucement et franchit la porte.

Et la dernière ?

Impossible…je ne sais pas encore ce qu’il y a derrière la porte. Peut-être que je ne le saurai jamais mais ça ne me dérange pas. La vie est bien plus belle avec ses mystères.

Un mot. Celui de la fin. À toi !

Merci Alice. Nous ne sommes pas tant que cela à faire ce métier. Je me sens privilégiée de l’exercer et de côtoyer des gens qui sont en général passionnés, amoureux de l’enfance et des enfants. J’aimerais que cette littérature trouve une place à la radio, dans les journaux, beaucoup plus qu’aujourd’hui.

 

 

Bibliographie de Marie Barguidjian

Les jeux d’enfants de Brueguel, Marie Barguidjian-Bletton, Réunion des Musées Nationaux, 2005.

Cachettes et secrets, Marie Barguidjian-Bletton, Réunion des Musées Nationaux, 2007.

Le petit canoë, Marie Bletton, les 400 coups, 2001, 32 p.

Les collines du fantôme, Marie Bletton, 400 coups, 2004, 32 p.

Dans le gris, Marie Bletton, les 400 coups, 2004, 32 p.

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  1. Merci Alice pour cette entrevue dont je partage pleinement le regard sur la littérature de jeunesse.
    J’ajouterai un commentaire, personnel, sur ce qui se passe au Québec en terme de réception de cette littérature. Elle est encore, trop souvent hélas, perçue à travers le filtre de l’outil pédagogique tant de la part du milieu scolaire que du milieu éditorial. Pourquoi les albums, dont certains sont des oeuvres à part entière tant du point de vue de l’illustration que du texte, sont-ils confinés dans une catégorie 3-8 ans, par exemple, alors qu’ils pourraient rejoindre et toucher d’autres types de lecteur ? Au nom du sacro-saint principe pédagogique qui n’envisage la relation lecteur-livre que sous l’angle de la longueur du texte et de sa compréhension. Tu es petit : tu as des images et un peu de texte. Tu sais lire, tu es grand : moins d’images, plus de texte et vive les collections «Premier Roman». Au secondaire : plus d’images ! Du texte, du texte ! Mais quels textes ? Le plus souvent, on nivelle par le bas et dans le même temps, lorsque q’un album au texte court mais littéraire est proposé…on le retourne ! Ce n’est pas le bon groupe d’âge. J’ai vécu l’expérience avec deux de mes livres : Le courage de la jeune Inuit et L’Étoile de Sarajevo. Et c’est sans parler de la frilosité du secteur commercial de certaines maison d’édition à qui revient bien souvent le dernier mot dans la décision d »éditer ou non. Homo économicus ! On a encore bien du chemin à faire pour que les propos d’Harlin Quist (il n’y a pas de littérature pour les enfants mais la littérature. De la même façon, il n’y pas d’illustration pour les enfants mais l’illustration tout simplement) soient pris en considération.

    Réponse
    • Merci Jacques, de partager avec nous votre expérience. Il y en a, en effet, encore beaucoup de chemin à faire, tant au niveau de la réception que de la création.

      Réponse
  2. Bonjour Alice,
    Merci pour cette excellente chronique ! J’ai rencontré cette grande dame à quelques reprises et j’ai toujours apprécié ces moments. La dernière fois, elle parlait de romans et d’albums avec des textes résistants … et c’était passionnant.
    Tout à fait d’accord avec monsieur Pasquet; j’ai lu son commentaire avec beaucoup d’intérêt. Mais quand même, la littérature jeunesse québécoise est un sacré bel outil pour l’apprentissage de l’acte de lire et le développement de bonnes habitudes de lecture.
    Au plaisir !
    Amitiés

    Réponse
    • Bonjour Richard,
      Je dirais en fait qu’une utilisation raisonnée de la littérature jeunesse, québécoise ou pas. comme outil d’apprentissage est un bel outil. Encore faut-il que cet outil n’oublie pas la littérature derrière la volonté pédagogique…

      Réponse
  3. Pingback: Carole Tremblay sous le pissenlit | Sous un pissenlit

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