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Les romans à offrir au Père Noël *2

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Après les albums, j’offre au Père Noël des romans, et attention, pas n’importe lesquels.

Il s’agit de deux livres qui font du bien. Mais qu’est-ce donc un livre qui fait du bien Le Pissenlit? Il existe plusieurs types de livres qui font du bien, oh jeune pousse avide de mes suggestions. Voici les ingrédients « qui font du bien » de ses deux livres:

1. Un livre avec des personnages attachants

2. Des personnages atypiques.

3.Des personnages impertinents.

5.Un humour dévastateur.

6. Un sens de la narration dynamique (en lien avec le sens de l’humour)

7. Un regard fin sur l’adolescence et la famille.

8. De sacrés personnages.

Oui, le 1 et 8 se ressemblent. C’est comme ça.

Après ce bref aperçu numéricolittéraire, il est temps de parler un peu plus avant des livres à offrir  au Père Noël Dear Georges Clooney, tu veux pas épouser ma mère? et Word nerd de Susin Nielsen.

Dans le premier, Violette, 13 ans, est profondément découragé par les amours de sa mère. Le dernier prétendant en date est, selon elle, une catastrophe: bedonnant, jeu de mots plats, un goût vestimentaire incertain. Ce qu’il faut à sa mère c’est Georges Clloney, elle va donc lui écrire. Entretemps, elle empoisonne (presque) ses demi-soeurs, se remémore la « loositude » des ex de sa mère (non, je ne viens pas d’inventer un mot…), file le nouveau prétendant, et tombe amoureuse En plus de personnages à la caractérisation jubilatoire, les déboires de Juliette et de sa mère le sont tout autant. Talentueuse pour créer des personnages, Susin Nielsen l’est aussi pour créer une trame, une atmosphère et des situations enlevantes et hilarantes. On sourit devant cette adolescente qui se veut cynique mais qui en fait est un petit coeur tendre très inventif.Bref, un livre qui vous donne un sourire en banane.

Word nerd est du même acabit. Ambrose est passionné de scrabble, a un goût vestimentaire étrange, n’a pas d’amis, a un sens de la répartie inadéquat, et n’a aucun filtre quand il parle, bref le nerd de service. Lorsque sa mère, ultra ultra protectrice, décide, après un incident, qu’il suivra le programme scolaire à la maison, sa vie change. Car il va enfin se faire un ami, certes un peu particulier et désapprouvé par sa mère, mais un ami tout de même. Grâce à celui-ci, Ambrose va grandir hors du giron maternel, il va s’épanouir et se sentir un peu comme les autres. Surtout, il ne sera plus seul. Ici aussi Susin Nielsen présente des personnages atypiques, particuliers et les situations sont rocambolesques. Ambrose va ainsi croiser des joueurs de scrabble, des peanuts, un pantalon violet, un bonnet, un repris de justice… Alléchant, non?

Alors, pour résumer, les livres qui font du bien reprennent les point 1,2,3,4,5,6,7,8 vus précédemment 😉

J’offre aussi au Père Noël des titres dont j’ai déjà parlé, car offrir un livre c’est aussi, parfois, offrir les livres qui font encore écho en soi.

Ainsi, dans ma hotte de romans on trouve: Le Yark!

«Parmi tous les types de Monstres qui grouillent sur la terre, l’homme est l’espère la plus répandue.

Il en est une autre, cependant, plus rare et moins connue.

C’est le Yark

Amateur de livres “gentils”, amateurs de livres avec de “bééééllles valeurs” ce livre n’est pas pour vous. Ou alors, si un petit peu, histoire de s’effrayer un peu et de rire noir et jaune, sans se cacher. Le Yark de Bertrand Santini c’est de l’humour noir, des frayeurs, le tout à une puissance nucléaire incroyable. Le Yark c’est du” yark, c’est génial” ou encore un”yark, il a pas écrit ça quand même” et de rire bêtement tout en le”pensant-lisant-partageant à voix haute”. Pourquoi? Parce que la plume est incisive, réjouissante et a une gouaille qui oscille entre prose, conte et …. allez j’ose la comparaison… brèves de comptoir philosphico-sociales.

Mais qui est le Yark? C’est un monstre, qui a l’air bien sympathique, un gros nounours, mais c’est bien connu, l’habit ne fait pas le moine! Sa nourriture ce sont les enfants sages, les mauvais lui donnant des troubles digestifs. Il ne s’embarrasse pas de faux sentiments et quand il doit manger, il mange. Après tout, c’est une question de survie. Mais -oui, il y a un “mais”- le Yark va changer. Comme quoi, la férocité, l’humour noir et grinçant n’empêche pas “les bééélles valeurs”…En plus, le Yark, aussi terrible qu’il puisse être, est… terriblement attachant. On préfère toujours les anti-héros aux héros.

«De nos jours les chenapans pullulent sur terre comme des pustules au menton des sorcières. Les cours d’école grouillent d’un petit peuple bête et méchant, portrait caché de leurs parents.» p.15

En plus, ce livre est beau. Oui, beau. Des illustrations à la couverture, Le Yark est un bel objet. On s’attarde sur les illustrations minutieuses de Laurent Gapaillard, à la monochromie épique. Oui, vous avez bien lu, épique. L’univers du

Yark est représenté dans toute sa folie, dans toute sa férocité, mais aussi dans une douceur retenue. Chaque illustration est un tableau où font écho la force et la saveur du texte de Bertrand Santini.

Alors, oui, c’est un livre pour enfants, oui, oui, triplement oui! Car la littérature jeunesse,cela peut aussi être du sarcasme, de l’humour noir, être un peu cruel et être réjouissant en même temps. Vive le Yark!

Autre livre, autre univers:

La boulangerie de la rue des dimanches c’est comme un croissant au beurre bien doré, il nous fait saliver juste à le regarder et à lire la première page. Ensuite, on croque dedans et on plonge dans un véritable délice. Une fois terminé, il nous laisse rêveur comme lorsqu’on vient de finir un macaron: c’est une lecture nuage.

Lorsque Louis Talboni et Adèle Pelviaire se rencontre, c’est le coup de foudre. Celui qui dure toute une vie, celui qui va leur faire tout oublier…. même d’apprendre un métier. Ils vont donc vivre d’amour, d’eau fraîche et de musique. Leur vie c’est la musique, celle de Vivaldi et ses Quatre saisons. Leur pauvreté n’empêchera pas leur fils Jack d’avoir une enfance heureuse, «tous les jours, avec Papa et Maman, c’était dimanche, tant il est vrai qu’Amour et Musique savent reboucher bien des trous et panser bien des plaies». L’amour donc, un amour fort et intense, même dans la mort: Adèle et Louis meurent en même temps, ensemble. Jack se retrouve donc à l’Orphelinat où il va apprendre le métier de boulanger. Sa spécialité? les baguettes pas trop cuites et les éclairs au chocolat. C’est tout. Et c’est bien assez. En rachetant pour une bouchée de pain (oui, facile, mais je devais absolument la placer) une boulangerie, c’est tout une rue, tout un quartier qui vont s’en trouver transformés.

Dès la couverture, on devine une lecture spéciale. Son esthétisme via les couleurs et l’illustration donnent le ton: l’ambiance sera douce, le temps n’existera pas. Place à l’intemporalité. Le petit médaillon à l’intérieur duquel on peut voir une rue animée, des sourires, la boulangerie Talboni, etc, est comme une photo. Un arrêt sur image. Le lecteur pose son oeil sur la caméra et voit un instant figé. Cela fait aussi penser à ces vieux films en noir et blanc, quand le film se termine sur un médaillon centré sur l’écran noir et qui donne à voir le mot, ou plutôt l’image de la fin. À cela s’ajoute la typographie utilisée pour le mot “Fin”, elle aussi fait penser à ces vieux flms.

Cette empreinte intemporelle n’est pas seulement visuelle. On la retrouve aussi tout au long du récit. Il n’y a en effet pas d’indications précises de temps. L’histoire peut très bien se passer avant, maintenant, plus tard. Et ceci, cette intemporalité, place le cadre. Un cadre dans lequel évolue un personnage atypique, différent. C’est aussi là que réside le charme de ce roman illustré: Jack étonne, Jack ne ressemble pas aux autres héros. Et son histoire, ah son histoire elle est tout simplement merveilleuse ! Merveilleuse car à la fois légère, triste, tendre, loufoque. Bref, tout un mélange, mais un mélange savamment dosé. Et la narration, ah! c’est un véritable moment de bonheur, on relit encore et encore certaines phrases tant elles charment ou font rire. Plus qu’un sens de la formule, Alexis Galmot a le sens des mots: il sait raconter une histoire.

Les illustrations de Till Charlier sont aussi des moments à savourer, à la fois douces, mélancoliques, drôles, elles sont l’expression visuelle de ce nuage qu’est La boulangerie de la rue des dimanches. Elles me font penser à Bruno Gibert, avec leur traits un eu hachurés, et le côté parfois loufoque qui s’en dégagent,

«Un samedi après-midi, dans un couloir du Conservatoire, Louis demanda à Adèle si elle voulait bien aller s’asseoir à côté de lui sur le banc, dehors. Adèle refusa une fois par décence, une fois par timidité, une fois par pudeur, une fois par erreur, et la cinquième fois, elle accepta.»

Un dernier livre pour la route de la hotte:

Entrer dans Le livre des choses perdues, c’est entrer dans une histoire dont le tapis de mots se déroule sous vos yeux avec une fluidité et une acuité telles que lire devient une urgence.

Voici un roman tout simplement parfait.
La trame de l’histoire n’est pas nouvelle. Et pourtant.
Le jeune David, 12 ans, perd sa mère et lorsque son père se remarie, les histoires, les livres, deviennent plus que jamais son refuge et son unique réconfort. Lorsqu’il bascule dans un monde inconnu et se retrouve aux prises d’un homme étrange et inquiétant, l’Homme Biscornu, sa vie ne s’en trouve pas changée, non, car les épreuves l’amènent à voir les choses différemment et à grandir, plus vite.

Oui, l’histoire n’est pas nouvelle. Mais, ici, John Connolly transcende la trame traditionnelle du « jeune héros perdu qui trouve dans les histoires, et les épreuves, la force de vivre ». Il a en effet une façon bien à lui d’amener les personnages, leur histoire personnelle, leur tragédie. Il ne laisse pas le lecteur entrer de plein fouet dans l’univers fantastique: le chemin emprunté pour s’y rendre est important, il fait partie de l’histoire, il est aussi l’histoire. De plus, il cadre le récit dans une Angleterre en guerre, faisant face aux assauts des nazis ; il s’agit donc d’un cadre inhabituel et qui apporte une saveur particulière à l’histoire.
Connolly a créé un univers fantastique inquiétant, sombre et tragique où l’on croise des personnages de contes bien connus mais qu’il a remanié à sa façon. Blanche-Neige, le petit chaperon rouge, Hansel et Gretel, etc, sont des plus glauques et pourtant des plus fascinants.
Il amène ainsi une atmosphère sans pareil, où rien n’est simple, et où les épreuves sont affichées comme telles : des épreuves exemptes de facilité où la mort et la souffrance s’affichent sans fard.
Le jeune David crée sa propre histoire, il va ainsi grandir, survivre et vivre. À plusieurs reprises, ses lectures vont l’aider à surpasser les ennuis et les épreuves rencontrées dans ce monde fantastique, et ce plus qu’elles ne l’ont aidé à faire face au deuil de sa mère.
Il comprend ainsi ce que disait sa mère à propos des histoires, « Il se rappelait tout ce qu’elle lui avait raconté sur les histoires et les légendes, et le pouvoir qu’elles exercent sur nous, et le pouvoir que nous exerçons sur elle ». Les histoires transfigurent et transforment, mais ce qui importe vraiment c’est l’action du lecteur, ce qu’il se décide à faire de lui.

Son expérience au sein de ce monde étrange va l’aider à accepter la vie avec son lot de bonheurs, de peurs, et de douleurs. Le message, souvent récurrent en littérature jeunesse, « les histoires guérissent » ne s’affichent pas comme tel. Les histoires ne sont pas des ersatz de vie, ne sont pas des remèdes : elles ne cherchent pas à guérir, encore moins à nier, ou à amoindrir la souffrance. Il n’est pas question ici d’exaltation de celle-ci, mais plutôt de l’afficher, l’accepter pour appréhender la réalité et ne pas vivre uniquement dans un monde d’images et d’idées. Connolly va ainsi nous présenter plus tard dans le roman un David vieillissant, pour qui les histoires restent importantes, mais qui accepte la réalité, dure et belle à la fois, car c’est elle qui est véritablement à vivre.
John Connolly offre une histoire surprenante et envoûtante. La narration est enlevée, intelligente et donne à lire un univers à part entière qui, malgré l’aspect « déjà-vu » de la trame, sonne comme une nouveauté aux oreilles du lecteur.
Voici une histoire où j’ai plongé avec délices, avec frissons et de laquelle j’ai émergé avec regret, car il est difficile de quitter une  telle voix.
Un roman, une voix, où le pouvoir des histoires s’affirme mais aussi le pouvoir du lecteur sur elles et sur sa vie.

Dear George Clooney, tu veux pas épouser ma mère ?, Susin Nielsen, Trad. de Valérie Le Plouhinec, Hélium 2011, 208 pages

Word Nerd, Susin Nielsen, Tundra Books 2010, 264 p.

Le Yark, Bertrand Santini, illustré par Laurent Gapaillard, Grasset-Jeunesse, 2011, 76 p.

La boulangerie de la rue des dimanches, Alexis Galmot, Till Charlier, Grasset-Jeunesse, 2011, 75 p.

Le livre des choses perdues, John Connolly, trad. Pierre Brévigon, éd. l’ Archipel, 2009, 347 p.

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  1. Une chronique formidable ! Tes chroniques sont de petites viennoiseries qui à chaque bouchée, nous réservent des surprises.
    C’est probablement l’odeur de la boulangerie qui m’a inspiré cette comparaison.
    D’ailleurs à ma prochaine visite chez « tu sais où », je me ferai un plaisir de mettre un peu de « monnaie » sur le comptoir, pour me procurer « La boulangerie de le rue des dimanches ».
    Merci beaucoup !
    Amitiés

    Réponse
  2. Une super-idée, les cadeaux au Père Noël 🙂 Tu as raison, il le mérite bien, lui aussi… et tu le gâtes !

    Réponse

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