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La soeur de Robert, de Marie-Louise Gay: un choc pour les parents

Publié le

En 1983, paraît l’album La sœur de Robert, de Marie-Louise Gay. À l’époque, cette histoire choque et on en parle. J’ai découvert cet ouvrage de Marie-Louise Gay via un article* de Fernand Mathieu pour la revue Lurelu.

La sœur de Robert est une histoire de complicité et de chamailleries entre un frère et une soeur. Tous les deux s’enquiquinent mutellement… pour leur plus grand bonheur.

L’album commence avec une présentation des deux personnages.

«Robert, c’est mon grand-frère.

Il ressemble beaucoup à ma mère.

Il a les oreilles en chou-fleur

Il est toujours de mauvaise humeur.»

«Ma soeur s’appelle Jonquille.

Elle n’a que six ans

et elle m’embête tout le temps.

Surtout qu’elle collectionne des chenilles

ces petites horreurs barbues

ces vers de terre poilus.»

L’un comme l’autre se dépeigne en des portraits peu flatteurs, ce qui est d’ailleurs assez réaliste… La rythmique du texte et l’humour sous-jacent mettent déjà le lecteur dans l’atmosphère de l’album. Celui-ci sera humoristique.

Le lecteur découvre peu à peu les chamailleries des deux enfants. Ainsi, Robert trouve des chenilles dans son lit, Jonquille trouve ses bottes pleines d’eau avant de se rendre à l’école, « la guerre est déclarée ». Jonquille surenchérit, Robert lui balance oreillers et livres à la figure. Maman s’énerve et chacun va bouder dans sa chambre. Plus tard dans la nuit un grand cri retentit : maman a trouvé des chenilles dans son lit !

L’album se finit ainsi :

« Jonquille rit

Robert aussi »

Avec la dernière page de l’album :«Jonquille rit Robert aussi » éclate la complicité entre les deux enfants, une complicité qui est sous-jacente tout au long de l’album. Une complicité accentue par l’illustration qui montre Jonquille accotée sur Robert, presque dans ses bras. Voilà ce qui a choqué :des enfants espiègles, non réprimandés et victorieux face à l’adulte. Robert et Jonquille se réconcilient dans le rire, un rire qui se fait aux dépends de l’adulte.

Pourtant, il n’y a là rien de déroutant, ou un tant soit peu dramatique.

Le choc causé à l’époque témoigne d’une pensée réductrice et sévère de ce que doit être un livre pour enfants, mais aussi de ce qu’est un enfant. Tout cela sous-entend qu’un livre pour enfants doit montrer l’exemple, qu’il ne doit pas déroger à une ligne de conduite : le livre doit donner une leçon, ou du moins ne pas en donner de mauvaises… Sur internet, J’ai également trouvé la remarque suivante : « Jonquille et Robert se chamaillent, se jouent des tours pendables alors que leur mère est occupée et le père, inexistant. Cette histoire est peut-être le reflet d’une réalité, mais le comportement des adultes et des enfants n’en demeure pas moins, guère édifiant. ». Le terme est sorti : édifiant. L’autorité parentale n’est pas marquée, la liberté des enfants est intolérable. Et cela, ça fait peur. Peur de quoi ? Parce que cela sort de ce qui est doit être rangé : l’adulte dominant doit montrer la voie aux enfants.

Voici donc La sœur de Robert. Album sur l’enfance et son inventivité, sur les chamailleries fraternelles, mais surtout sur la complicité. Un livre qui a choqué. Pour ses détracteurs, l’enfant n’est pas, il DOIT être. Quant aux parents de l’album…

C’était en 1983. Le livre est maintenant épuisé. Fernande Mathieu le pose comme un livre d’avant-garde, «publié dix ans trop tôt». Il me semble que s’il était toujours disponible, nous trouverions toujours des adultes pour s’en émouvoir.

Ce premier billet est le début de questions et de réflexions que je me pose. À l’aune de quoi peut-on considérer qu’un livre est choquant? Un lecteur évalue sa lecture selon des critères personnels qui le laisse libre d’apprécier ou pas une oeuvre. Mais lorsque ces critères personnels se portent comme l’étendard de ce qui est juste, il est nécessaire de porter un regard dessus. Alors, pour La soeur de Robert, des parents ont été choqués, des voix se sont élevés, il n’ y  a pas à proprement parler censure en tant que telle (ou s’il y en a eu, je n’en ai pas connaissance). Cependant, considérer un livre comme choquant et s’en insurger, est pour moi quelque chose que j’ai du mal à saisir (d’où mon intention d’y réfléchir via mes billets), car cela sous-tend que le livre est dangereux et que l’enfant lecteur est une pauvre âme trop innocente, facile à corrompre.

*Des albums trop sages, Fernande Mathieu, Lurelu,vol. 15, numéro 2, 1992, p. 32.

La soeur de Robert, Marie-Louise, Gay, La courte échelle, 1983.

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  1. Très intéressant comme idée de billet. Je suis aussi très déroutée par cette « censure ». Les valeurs de certains parents me déconcertent toujours et je trouve plutôt très beau cette idée de chamaillerie, de fratrie qui se répare.

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