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Je mourrai pas gibier

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Mardi dernier, je participais à un table ronde sur la censure en littérature jeunesse. Les échanges furent riches et très intéressants. Lors de cette rencontre, il a été question d’un roman que j’aime beaucoup et qui a fait couler beaucoup d’encre: Je mourrai pas gibier, de Guillaume Guéraud. J’avais parlé de ma lecture sur l’ancienne plateforme du pissenlit dans un petit article que j’avais intitulé « Rester coi » et j’ai décidé de le recycler ici.

Alors, petit retour vers le passé…(avec petit retravail de formulation…)

«Cela fait un moment que je souhaitais, pour le travail, faire un commentaire de lecture sur ce livre. Et là, la panne. Page blanche pour moi d’habitude si volubile, si grande babaille. Impossible de dire le malaise et la grande impression que m’ont procurés ce court roman. Il est curieux de voir qu’il m’a fallu du temps pour que le déclic se fasse, pour que les mots sortent. Je voulais dire les choses avec justesse et ne pas m’égarer. Peut-être que la sortie de la bande dessinée adaptée du roman y est pour quelque chose. Peut-être avais-je besoin d’avoir sous les yeux l’atmosphère, les couleurs que je ressentais. Peut-être aussi n’avais-je tout simplement pas le courage de m’y mettre…  Et enfin, j’ai écrit une un commentaire, je le reprends en partie ici.

Je mourrai pas un gibier est une balle tirée à bout portant. Balle ravageuse, assassine, dérangeante. Les mots de Guillaume Guéraud tranchent, dépècent, ils sont sans fioritures, directs, comme la folie meurtrière dans laquelle bascule la voix du roman : ou comment un mariage rime avec carnage.
Une voix qui tourne sur elle-même tel un fauve en cage. Une ombre qui expose froidement les faits. L’angoisse s’insinue entre les lignes et mord à vif les nerfs du lecteur. « Je suis né chasseur, je mourrai pas gibier » un leitmotiv refusé par le meurtrier et qu’il va, pourtant, faire devenir sien. Prêt à tout pour ne pas être ce gibier, cette bête condamnée à une mort lente dans une famille et un milieu qui le rongent, l’anesthésient.

Il n’y a pas d’interrogations, pas de justifications, et pourtant le lecteur se trouve tourmenté face au filament de compréhension qui se faufile en lui. Et cela, c’est inacceptable, difficile à avaler.
On pourrait essayer d’expliquer un tel acte en citant dans le désordre : une famille et un village faits de haine, de violence, un futur impossible, une vie toute tracée, ou encore un souffre-douleur exposé à une bestialité ouvertement affichée, valorisée, revendiquée. On pourrait expliquer. On pourrait. Cela serait si commode. Mais « des raisons, on peut toujours en trouver. Des bonnes ou des mauvaises. En pagaille. »

Je mourrai pas gibier, Guillaume Guéraud, Rouergue, coll. «doAdo noir», 2006, 75 p.

La bande dessinée, scénario et dessin d’Alfred et Henri Meunier à la couleur, est toute aussi percutante. L’atmosphère oppressante est parfaitement rendue, les tracés rendent à la fois la rudesse, la violence des personnages mais aussi la fragilité du personnage principal. Un malaise que l’on admire, que l’on détaille. La force des images se succèdent, le scénario reste proche du roman et le lecteur, une fois de plus, reste coi.


Je mourrai pas gibier, Alfred, Delcourt, 2009, 114 p.

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  1. J’ai relu les deux il y a quelques semaines et j’ai repris une bonne claque…

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  2. tu en parles si bien. moi je peux juste dire que j’ai reçu un coup de poing en lisant la BD. Pas encore lu le bouquin, mais il faut, j’ai envie

    Répondre
    • Si tu as aimé la bd, tu vas sûrement aimé le livre. La lecture est différente entre les deux. Le roman te laisse avec des images mentales et des émotions qui sont différentes de celles procurées par la bd, mais qui sont tout aussi intenses,

      Répondre

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