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Café givré, de Suzanne Selfors, une lecture angélique au sens propre comme au figuré

Publié le

Ne jamais dire jamais.

Jamais je ne pensais apprécier une lecture où un des personnages est un ange. Généralement, je bute lorsque j’en croise un dans un roman, et, de même, lorsqu’un livre est présenté via cet angle « angélique », il ne m’intéresse pas, mais alors pas du tout. Pourquoi ? Je ne sais pas trop, après tout essayer d’y chercher un sens cela serait comme tenter d’expliquer mon plaisir d’écouter de la musique de noël en plein été.

Mais là, Café givré m’a bien eu. Mais vraiment bien eu. Je ne m’y attendais pas du tout, et là, au détour d’une page, paf ! Il était là : le mot « ange ». Bien sûr, j’ai un peu sourcillé – un peu -, mais j’ai poursuivi ma lecture d’une dizaine de pages, puis une vingtaine, et je me suis rendue au bout ! Au bout ! Les bras m’en tombent encore. Bon, c’est vrai que cet ange n’est pas estampillé : « hé, regarde, je suis un ange ! » et que l’amour entre une humaine et un ange n’est pas ici, comment dire… sirupeux et dégoulinant, et n’est même pas le thème central du livre, ni un sous – thème ! Il pointe le bout de son nez légèrement et sans poncifs dégoulinants et sirupeux… oui, je me répète dans mes termes, comme quoi j’ai vraiment quelque chose contre les histoires d’anges et d’humains en amour.

Mais revenons en à cet ange et surtout à ce roman, Café givré.

Imaginez-vous dans un petit village norvégien. Puis imaginez un café à l’ancienne, tenu par la vieille Anna. Un café où se rendent tous les jours trois petits vieux, « Les Garçons », où travaille une serveuse qui a fait vœu de silence et où Vincent et Elisabeth, les amis de Katrina aiment venir s’attarder et grignoter les gâteaux faits maisons. Et la tension dramatique dans tout ça ? On la retrouve à plusieurs niveaux : le café qui croule sous les dettes et qui est miné par la concurrence d’un café installé juste à côté, Katrina qui est complètement perdue : son meilleur ami qui se fait draguer par son ennemie, un dossier scolaire qui menace son avenir universitaire, et qui surtout angoisse de ne pas savoir ce qu’elle veut faire de sa vie.

Et l’élément perturbateur alors ? Il arrive sous les traits d’un jeune homme que Katrina retrouve endormi dans sa cour : croyant avoir affaire à un itinérant, elle lui offre un café, des petits gâteaux et du chocolat. Mais cet inconnu n’est pas n’importe qui : il est Le Messager et doit réaliser son vœu le plus cher…. Dur quand on ne sait pas ce que l’on veut…. S’ensuit des évènements rocambolesques, des questionnements, des amitiés qui se brisent, ect. Bref, rien de très novateur dans l’action, mais c’est la narration, le cadre et l’atmosphère qui apportent toute sa saveur à ce roman.

Les personnages en eux-mêmes sont de vrais numéros dignes d’un monsieur Loyal, ils participent beaucoup à l’attachement que provoquent la lecture. Katrina a beaucoup d’humour, et les situations dans lesquelles elle se retrouve sont de petites folies douces. Il n’y a pas que ces personnages hauts en couleurs: il y a aussi l’atmosphère du café d’Anna, la petite ville où tout le monde se connaît, les tentatives de Katrina de formuler un vœu, un rat géant….  Bref, tous ce petits détails narratifs qui permettent au lecteur de s’imprégner de l’histoire et d’en devenir un véritable spectateur.

Et puis, il y a l’ange, qui, au premier abord, fait penser à Hermès car il porte le nom de Messager et a des ailes sur les chevilles. Un ange en kilt, à la gentillesse qui ne goûte pas le sirop de fraise et ne sent pas la barbe à papa, et qui se retrouve par-ci par là dans l’histoire : bref, qui offre une présence délicate, rafraîchissante et discrète. Car le point du roman, ce n’est pas l’ange, mais Katrina et son angoisse de ne pas trouver de sens à sa vie.

Si j’ai haussé les sourcils lorsque le mot « ange » est apparu, j’ai aussi réagi à la façon dont est menée la résolution du problème de Katrina, et qui est typiquement nord-américaine : trouve ton but, agis, prends toi en main, fais une Rockfeller de toi-même. Sans oublier le happy-end hyperbolique.

Cliché !

Mais malgré toute ma volonté d’être intraitable avec les clichés – et ma tendance à ne pas accrocher à la vue d’un ange romanesque- je ne peux pas bouder Café givré, car le tout est rondement mené. Une lecture parsemée d’éclats de rire, de sourire et de douceur et qui, si elle n’est ni renversante, ni éblouissante, est aussi enveloppante que l’odeur… du café. Et oui, le plaisir de la lecture ça peut être aussi simple que la fugacité d’un sourire, parfois.

 Fantasia et Gaëlle ont aussi été séduites par ce roman.

 Café givré, Suzanne Selfors, trad. de Marie Hermet, Flammarion, 2012, 400p.

Merci à la Librairie Monet pour le roman!
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  1. « Jamais je ne pensais apprécier une lecture où un des personnages est un ange. »

    ahah, tout pareil!!!

    Répondre
  2. Joli article, ce livre a l’air d’être tout doux… Je vais craquer ! 😀

    Répondre
  3. Bon…moi aussi je suis allergique aux anges…mais vu que tu as été conquise, que d’autres ont aimé, et que je ne savais pas du tout que ce bouquin (qui me tentait déjà avant de te lire) parlait d’un ange, je vais me laisser tenter ! 😉

    Répondre
  4. Oui c’est drôle les a priori que l’on peut avoir sans trop savoir quelles en sont les causes. Je ne suis pas friande d’anges du tout, mais du coup ce livre-là semble être la pirouette tant attendue =)

    Répondre

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