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Antoine Dole, Exprim’, Tibo Bérard et Romane sous le pissenlit. 2/3

Publié le

Pour la seconde partie de l’entrevue croisée réalisée avec Sophie autour du roman Je reviens de mourir, je vous invite à plonger dans les mots d’Antoine Dole, l’auteur.

«Être utile. Cette obsession d’une littérature utile est ce qui gangrène la créativité et l’inventivité de ce qui pourrait être une littérature véritablement puissante. »

Autour de Je reviens de mourir….

Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

Source: antoinedole.com

Je m’appelle Antoine, j’ai 30 ans. J’écris.

D’où vous est venu l’idée de Je reviens de mourir ? et comment c’est déroulé son écriture?

J’ai commencé à écrire Je reviens de mourir après une rupture amoureuse, une relation dont j’ai eu la sensation qu’elle m’avait fait perdre de vue qui j’étais. Je l’ai écrit d’une manière assez chaotique : sur des post-it, des coins de tables, des bouts de cahier. Mais tout a toujours été assez clair dans ma tête.

Il n’y a que quand j’ai publié le roman que j’ai compris pourquoi je l’avais écrit. Ce qui en avait été à l’origine. Mais ça c’est une autre histoire. Ça a été un ouvrage très cathartique disons, mais c’est sans doute logique pour un premier roman.

Lors du travail d’édition réalisé avec Tibo Bérard, vous doutiez-vous de la polémique que le livre allait créer ?

Non, à aucun moment. C’est une histoire qui m’habitait tellement que je n’avais pas imaginé que les gens puissent en faire autre chose. La polémique a déformé mon propos, la plupart des gens qui l’ont critiqué n’ont pas compris de quoi parlait le livre.

Sophie : Saviez-vous dès le début de l’écriture où vous personnages vous mèneraient? Avez-vous résisté?

J’ai tendance à penser qu’un livre qui se termine exactement comme on l’avait imaginé est un livre qu’on a raté. C’est important que l’écriture nous emmène ailleurs, qu’elle nous fasse évoluer, grandir, changer en profondeur. Je reviens de mourir m’a fait basculé dans une autre étape de ma vie, c’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai dédié Laisse Brûler, mon second roman, à Marion et Eve les heroïnes de Je Reviens de Mourir.

Sophie : Saviez-vous dès le départ que ce roman viserait un public jeunesse? Avez-vous eu des doutes en cours d’écriture? Avez-vous fait de l’autocensure par moment?

Non je n’ai pas pensé à cela, je ne connaissais rien de l’édition jeunesse à ce moment. C’est la rencontre avec Tibo Berard qui m’a permis d’envisager la publication de Je Reviens de Mourir sous cet angle-là. Ensuite je n’ai pas douté (je parle de la publication, pas des doutes inhérents à l’acte d’écriture), il n’y a pas eu de censure non plus, je crois que le livre n’aurait pas eu de sens s’il avait voulu préserver les lecteurs. Les sujets qu’il aborde sont graves, pourquoi aurait-il fallu être prudent ? On ne souffre pas “prudemment”.

La polémique qui a entouré le livre concerne sa classification en jeunesse.  J’ai l’impression que c’est en fait la représentation que se font les adultes – qu’ils soient prescripteurs ou pas – de la jeunesse et de la littérature jeunesse que le roman a en fait bousculé ?

Je crois que ça se joue à plusieurs niveaux, mais c’est sans doute aux prescripteurs de s’exprimer sur ce point. Ça dépend de la conception qu’on a de ce métier : certains vendent des livres, d’autres un produit avec un code barre. Je Reviens de Mourir nécessite peut-être un accompagnement différent, un dialogue avec le lecteur.

Et puis surtout, je crois que certains prescripteurs avaient peur de ce que diraient les parents. Car dans le fond, les ados ont toujours soutenu le livre. Mais puisque ce sont les parents qui paient la littérature des adolescents, j’ai souvent entendu les prescripteurs dirent “Je ne conseille pas vos livres aux ados, car je crains toujours que les parents s’offusquent en lisant quelques pages”.

Sont aussi sous-jacent, la peur de la réaction des ados, mais aussi celle de leurs parents, des profs, bref des adultes qui les entourent. Que pensez-vous de cette peur et de son incidence sur la littérature jeunesse?

On ne parle plus de littérature jeunesse, mais du marché de la jeunesse. On le sait, les livres qui vendent le plus sont des livres légers, frais, plein de bons sentiments. Moi, ce n’est pas ce que j’ai envie de faire forcément. À force de penser en rentabilité, en chiffres de vente, on risque de proposer aux ados une “litterature” uniformisée, sans expérience, sans prise de risque. Je ne suis pas certain que ce soit ce que les ados attendent, il faut laisser une chance à chacun de trouver sur son chemin un livre qui sera là dans les moments de joie comme dans les moments difficiles. Un livre c’est avant tout une rencontre. On a tous en tête des exemples de livres qui ont jalonnés nos vie et qu’on aurait pas forcément pu lire à un autre moment.

Comment avez-vous vécu cette polémique qui s’attardait sur des valeurs morales et faisait fi de votre voix littéraire ?

Je l’ai mal vécu. J’ai pensé tout envoyer balader, ne plus publier de livres. Puis j’ai pris du recul, j’ai compris qu’on ne parlait pas de moi, pas de mon livre, mais que les discours étaient les mêmes depuis toujours, le besoin d’intellectualiser des choses qui ne doivent pas l’être. Je suis tombé de mon nuage, je suis un peu moins naïf, et maintenant j’ai conscience que si je veux continuer à aimer la littérature, je dois rester en dehors de ceux qui l’intellectualisent (et l’instrumentalisent) constamment.

Quelle est votre définition de la littérature jeunesse?

Je crois que la collection Exprim’ n’est pas une littérature pour la jeunesse, mais une littérature DE la jeunesse. Elle porte des voix, des échos, des énergies qui agissent comme des passerelles, entre les âges, entre les genres. C’est ce qui fait sa force.

Selon moi cette polémique sous-tend beaucoup plus car, en littérature jeunesse, le rôle du prescripteur prend beaucoup de place, parfois trop. Ainsi, même si certains ont reconnu la voix littéraire dans votre roman, la question de la prescription a surpassé cet aspect. On souhaite que la littérature jeunesse soit considérée comme de la vraie littérature, mais sa reconnaissance n’est-elle pas en, quelque sorte, gangrenée par l’ aspect moralisateur de la prescription qui lui est associé?

Plus que n’importe quelle autre littérature, la littérature jeunesse souffre de ce qu’elle est constamment associée à la nécessité du “documentaire”. Les prescripteurs partent du principe qu’un livre doit éduquer l’enfant, faire son apprentissage de quelque chose. Être utile. Cette obsession d’une littérature utile est ce qui gangrène la créativité et l’inventivité de ce qui pourrait être une littérature véritablement puissante.

C’est comme si la littérature jeunesse devait sans cesse se justifier… auprès des adultes. Avec Je reviens de mourir, comme avec tous les autres livres jeunesse qui font débat, jamais, au grand jamais, l’avis des adolescents qui l’ont lu n’a été demandé. Quels échos avez-vous eu de la part des adolescents rencontrés ?

J’ai toujours été soutenu par les ados qui ont lu l’ouvrage. J’ai toujours fait en sorte d’être disponible, que ce soit par mail ou par le biais des réseaux sociaux, si certaines ressentaient le besoin de parler de leur lecture. Beaucoup m’écrivent pour me dire que ces romans les aident à mettre des mots sur des choses qu’ils ressentent. C’est ça le rôle d’un ouvrage, au delà c’est le travail des prescripteurs. C’est le problème, on attend des livres qu’ils fassent tout le boulot.


Antoine Dole, lecteur

Qu’est-ce qui vous a éveillé à la littérature et à la littérature jeunesse ? Une personne, une rencontre, un livre ?

Mon premier livre, ça a été Les fables, de Lafontaine. Je les relis encore souvent. Chaque fable est un veritable petit laboratoire de la société. Je pense que ça explique mon rapport avec l’oralité, qui est réccurent dans beaucoup de mes textes.

Ma rencontre avec la littérature jeunesse, je l’ai faite en lisant Sacrées Sorcières de Roald Dahl, il y a une véritable cruauté dans ses textes, une transgression. Ce livre me fait toujours penser à une citation de Chesterton que j’ai mis en exergue de K-Cendres, mon troisième roman : “Les livres ne sont pas là pour dire aux enfants que les dragons existent, ça les enfants le savent déjà. Les livres sont là pour dire aux enfants qu’on peut tuer ces dragons”.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours de lecteur de votre enfance à aujourd’hui?

Je ne suis pas un gros lecteur, je lis beaucoup de bandes dessinées, je regarde beaucoup de films, j’écoute beaucoup de musique. Ma littérature est composée de tout ça. On a souvent tendance à voir la littérature comme un art elitiste, académique, bourgeois. On oublie qu’elle est vivante, et qu’elle se trouve partout sauf là où on brandit les règles de grammaire et les blablas de salon.

 Quelles sont vos lectures marquantes?

La première fois que j’ai vu mon neveu écrire son prénom. Six lettres, mais j’ai vu se dérouler un roman passionnant. J’ai eu l’impression de lire le sens de la vie, de la manière la plus concise et la plus juste qui soit.

La collection Exprim’ associe lecture et musique (cf les play-list en début de roman). Écoutez-vous de la musique lorsque vous lisez? Si oui, avez-vous des chansons, des artistes, des voix que vous associez particulièrement à certaines lectures?

Tout ça depend des moments, des textes, des humeurs. Il n’y a pas de recette vous savez 😉

Parmi vos lectures, y a-t-il un livre que vous aimez particulièrement partager, recommander ?

Je ne fais jamais ça… je crois que la lecture est un acte intime, qu’elle est une question de rencontre entre soi et un livre. Je n’offre pas de livre, mais j’invite volontiers mes amis à vider ma bibliothèque s’ils en ressentent le besoin.

La rafale lecture de Sophie

Enfant, étiez-vous un grand lecteur?

Non, j’ai toujours préféré écrire à lire.

Quel mot décrit le mieux votre relation avec les livres? Pouvez-vous nous expliquer ce lien?

Conflictuelle. J’ai longtemps été fâché avec les livres, parce qu’ils étaient les outils d’un milieu bourgeois, aux idées arrêtés. Il a fallut que je découvre une littérature plus libre, l’adolescence passée, pour m’y intéresser.

Quel est le livre sur votre table de chevet?

En ce moment c’est le manuscrit de mon prochain roman, je m’endors en le travaillant et je me reveille en recommençant.

Dans quel endroit préférez-vous lire?

Dans les transports en commun.  C’est important quand on est parisien de savoir rentabiliser les moments creux.

Avez-vous une suggestion pour ceux qui ont aimé Je reviens de mourir?

Pourquoi pas Laisse brûler ? Il est passé inaperçu à cause de la polémique autour de Je reviens de mourir, alors que beaucoup des réponses aux questions qui y ont été soulevées s’y trouvent.

En un mot… ou plus :

Tibo Bérard en un mot… ou plus?

Passionné, passionnant.

Le mot de la fin. À vous! 

Et vous, comment ça va ?

À suivre, l’entrevue avec Romane, une lectrice.

Bibliographie non exhaustive:

Je reviens de mourir,  Éditions Sarbacane »coll. Exprim», 2008, 135 p.

Laisse brûler, roman, Éditions Sarbacane, coll. «Exprim», 2010, 189 p.

Fly Girls, recueil de textes, Editions Au Diable Vauvert, 2010, 123 p.

Bad Romance,  City Editions, 2010, 179 p.

K-Cendres,  Editions Sarbacane, coll. Exprim, 2011, 185 p.

Mortelle Adèle tome 1: Tout ça finira mal, Editions Tourbillon, 2012, 94 p.

Mortelle Adèle tome 2: L’enfer c’est les autres,  Editions Tourbillon, 2012, 94 p.

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