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Antoine Dole, Exprim’, Tibo Bérard et Romane sous le pissenlit. 3/3

Publié le

Pour clore ces entrevues croisées autour de Je reviens de mourir, Sophie et moi vous proposons une rencontre avec une lectrice dont la vision de la lecture a profondément changé avec ce roman.

C’est Tibo Bérard, directeur de la collection Exprim’, qui nous a mises en relation avec Romane. Nous cherchions des lecteurs/lectrices qui accepteraient de parler de leur lecture de Je reviens de mourir. Tout de suite, le prénom de Romane a fusé. Romane, une «jeune fille extrêmement douée pour l’écriture, hyper-affûtée, pertinente», une jeune fille qui a découvert la lecture sur le tard avec Je reviens de mourir et qui a surtout découvert le pouvoir de la lecture et le pouvoir des mots.

«C’est aussi à partir de là que j’ai commencé à écrire à mon tour, pour m’approprier le pouvoir des mots, pour l’appréhender et chercher ses limites.»

Autour de Je reviens de mourir

Avant de parler de ta lecture de Je reviens de mourir, dis nous tout ! Qui es-tu ? Et quel type de lectrice es-tu : vorace, gourmande ou ascète ?

Je suis une élève de terminale ES de 16 ans, qui se destine à des études de journalisme. Je ne sais pas s’il y a des « types » de lectrice, chacun envisage la lecture à sa façon, mais je lis régulièrement, de tous les genres, avec toujours énormément de plaisir.

Qu’est-ce qui t’a donné l’envie de lire le roman d’Antoine Dole? Quel âge avais-tu lorsque tu l’as lu ?

Une amie me l’a conseillé et prêté, sans vraiment m’expliquer de quoi il s’agissait, alors je me suis lancée dans la lecture un peu à l’aveuglette… C’était il y a quatre ans, j’avais 12 ans.

La lecture de Je reviens de mourir a-t-elle eu un impact sur la façon dont tu voyais la lecture et sur la lectrice que tu étais ?

Ça a profondément modifié ma vision de la lecture, et de la lectrice que je n’étais pas. Je me suis rendue compte de tout ce qu’on perdait quand on ne lisait pas. Mais surtout, c’est à partir de ce moment-là que j’ai commencé à réfléchir sur la littérature, sur la littérature jeunesse, sur le rôle et la position de l’écrivain, sur l’influence qu’il peut avoir sur le lecteur, surtout sur un lecteur jeune. C’est aussi à partir de là que j’ai commencé à écrire à mon tour, pour m’approprier le pouvoir des mots, pour l’appréhender et chercher ses limites.

Sophie : Quelle a été ta réaction lors des premières scènes du roman? As-tu été tout de suite accrochée ?

Les premières scènes du roman ne m’ont pas particulièrement marquées, c’est le livre dans son ensemble qui m’a profondément touchée. En revanche, les premières pages ont été très efficaces, dans la mesure où j’ai lu le livre en très peu de temps, presque sans m’arrêter.

Sophie : Est-ce que le roman t’est resté longtemps en tête après l’avoir eu terminé?

J’ai beaucoup cogité après la lecture de ce livre, et pendant très longtemps. J’ai réfléchi non seulement à propos de l’histoire, des personnages, mais aussi et surtout à propos de la littérature, de l’usage des mots et de leur pouvoir, de leur impact.

Le roman a beaucoup fait jaser. Polémique, accusation de misogynie, de voyeurisme, de pornographie. Que penses-tu de tout ça ?

Après la lecture de ce livre, je n’avais que 12 ans, et pas assez de recul pour être objective, je pensais que cette polémique n’avait pas de sens et que ces accusations venaient probablement de parents paranoïaques. À présent je comprends le pourquoi de l’existence d’une telle polémique, mais je pense que les mots « misogynie », « voyeurisme » et « pornographie » sont inappropriés. Il ne faut pas prendre les jeunes pour des idiots, nous sommes capables de faire la part des choses, de prendre du recul sur ce genre de livre, et il faut comprendre que tout ce qui parle de sexualité n’est pas de la pornographie : bien au contraire, on sent que le thème est intelligemment traité, que ce n’est ni du simple voyeurisme ni de la banale pornographie. Pour ce qui est des accusations de misogynie… Je crois que ça vient simplement d’une mauvaise compréhension du livre.

Sophie : Comment s’est passé la fin de ta lecture? As-tu eu besoin de prendre un peu de temps pour comprendre, accepter ce qui arrive aux personnages?

 Je ne me souviens plus vraiment. Je crois juste que j’étais un peu sonnée de m’être pris une si grande claque. Dans le bon sens du terme, bien sûr. J’ai attendu d’avoir un peu de recul pour repenser la fin, pour la comprendre autrement, c’est tout ce dont je me souviens.

Sophie : As-tu recommandé ce roman à des gens de ton entourage? Pour quelles raisons l’as-tu ou ne l’as-tu pas fait?

J’ai recommandé ce livre à mes amies de ma classe, toutes plus âgées, mais j’ai eu une réaction plutôt inattendue lorsque ma cousine, plus jeune d’un an, m’a demandé de lui prêter à mon tour le livre : j’ai refusé catégoriquement qu’elle le lise, craignant qu’il ne soit trop dur pour elle. En effet je pensais, et pense toujours, que ce livre a un tel impact sur le lecteur qu’on peut difficilement le recommander si on n’est pas sûr qu’il sera bien interprété.

Romane, lectrice

Qu’est-ce qui t’a éveillé à la littérature et à la littérature jeunesse ? Une personne, une rencontre, un livre ?

C’est justement le livre Je reviens de mourir. J’avais tourné le dos à toute sorte de littérature quand on a commencé à m’imposer des lectures à l’école ; mais ce livre m’a fait redécouvrir la force des mots, de la lecture et donc de l’écriture, et, après celui-là, bien d’autres ont suivi.

Actuellement, quels sont les auteurs, les livres et les genres littéraires qui te font vibrer ?

Je suis absolument fascinée par la littérature qu’on peut qualifier d’ « urbaine », une littérature plutôt récente en France mais qui est à exploiter et qui je pense a un bel avenir devant elle. Je pense notamment aux auteurs comme Faïza Guène et Insa Sané, mais il y en a bien d’autres. D’ailleurs, j’adore les œuvres d’Azouz Begag qui avec Béni ou le paradis privé avait déjà ouvert, en 1989, la porte du genre « urbain ». Cependant, je ne lis pas que ce genre de romans, je m’intéresse un peu à tout, mais en ce moment tout particulièrement aux livres (fictifs ou non) sur l’histoire de l’Algérie et des Algériens, sur l’islamisme, sur la politique, sur l’immigration, en somme sur tout ce qui reste un peu tabou au lycée.

La collection Exprim’ associe lecture et musique (cf les play-list en début de roman). Écoutes-tu de la musique lorsque tu lis? Si oui, y a-t-il des chansons, des artistes, des voix que tu associes particulièrement à certaines lectures?

Je n’écoute jamais de musique en lisant, mais j’aime beaucoup l’association littérature-musique. J’écoute les play-lists Exprim’ deux fois : une fois avant de commencer la lecture pour pouvoir l’appréhender, et une fois après pour établir les liens. Cependant mon esprit n’associe pas vraiment certaines musiques à certaines lectures, à part peut-être la chanson C.R.E.A.M du Wu Tang Clan qui me fait automatiquement pensé aux quatre livres d’Insa Sané.

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Parmi tes lectures, y a-t-il un livre que tu aimes particulièrement partager, recommander ?

Il y en aurait des dizaines… Entre autres Les filles ne mentent jamais de Flo Jallier que je viens de finir de relire, et qui est toujours aussi délicieux.

 

En un mot… ou plus :

Si tu devais définir Je reviens de mourir en un mot… ou plus, comment en parlerais-tu ?

 Percutant.

Quel est ton mot préféré de la française? Quel est celui que tu apprécies le moins?

Mon mot préféré est sûrement cosmopolite. Celui que j’aime le moins, race.

Le mot de la fin. À toi ! (un mot pour conclure, un mot autour de la littérature jeunesse, de ta perception de celle-ci, tes envies autour de la littérature jeunesse, tes espoirs, etc )

Longue vie à la littérature jeunesse ! Et à bas les livres électroniques. Il faut que les jeunes redécouvrent la lecture et la littérature jeunesse est là pour ça… Ma crainte reste que les auteurs de littérature jeunesse s’auto-censurent ou se limitent : les jeunes peuvent tout entendre, tout lire. Et  « littérature jeunesse » est une appellation trompeuse… tout le monde peut en être, les jeunes comme les moins jeunes.

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