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Archives de Tag: Grasset jeunesse

Un sacré Père Noël

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Sur ma fiche d’identité de lectrice, il y a longtemps eu un grand X rouge face aux livres de Noël.

Les livres de Noël et moi n’avons pas toujours fait bon ménage (et nous nous accrochons encore un peu parfois). Peu me plaisent. À quoi est-ce dû? Une écoeurantite face à la surmultiplication des livres sur ce thème? Peut-être aussi parce que je trouve que peu sortent du lot, je les trouve souvent mièvres, convenus, loin de cette “magie de Noël” que tout le monde recherche.

Mais, depuis deux/trois ans notre relation s’est plutôt bien améliorée et je guette dorénavant les livres de Noël en librairie. J’attends le coup au coeur, j’attends le coup de foudre. Ils ne sont pas nombreux mais….

Cette année, quelle surprise de revoir un « sacré » classique datant de 1973 réédité.

Il a tout pour me plaire car il présente un Père Noël bougon. C’est le monde à l’envers ! C’est surtout très drôle, d’autant plus qu’un Père Noël bougon ça me parle… Surtout un Père Noël qui peste contre la neige, traite ses rennes d’idiots, n’a pas envie de travailler et qui apprécie une bonne gorgée de vin ou de cognac! (on le voit aussi sur les toilettes!) Vous l’aurez compris, rien de tel qu’un Père Noël un peu irrévérencieux pour me séduire.

Bande dessinée avec peu de texte, Sacré Père Noël, de Raymond Briggs est un album que l’on contemple en riant, en souriant et qui installe aussi un silence rêveur. Ses traits expressifs et ses images enveloppantes laissent un sourire aux lèvres pour longtemps. De cases en cases, nous suivons donc le Père Noël lors de la nuit du 24 décembre, et quelle nuit! C’est tout un travail de parcourir le monde par monts et par vaux, de braver la neige, la pluie et le brouillard pour distribuer les cadeaux (même à la reine d’Angleterre!). Le travail du Père Noël est loin d’être idyllique, il est même harassant.

Raymond Briggs présente un père Noël qui ronchonne, qui râle, qui bougonne et qui sacre… à sa façon: «Déjà ce sacré Noël!», «Sacrée neige!», «sacrée maudite neige!» (oui, il déteste vrrraiment la neige…), «sacrées cheminées!» et parfois il sacre tellement que Raymond Briggs épargne nos chastes oreilles. Ce père noël est, tout en étant délicieusement irrévérencieux, très traditionnel: grande barbe blanche, bedonnant, costume rouge, bouille sympathique. Ce mélange « tradition-irrévérence » en fait un personnage encore plus attachant. Il ressort de cet album un aspect « ordinaire » du père noël, un homme avec ses défauts et ses qualités que les bulles et les illustrations transmettent à merveille. Imaginez un Père Noël très bougon mais qui n’oublie pas de caresser Chat et Chien avant de partir en tournée et qui leur offre des cadeaux de noël…. Cette image dit tout, non?

Sacré Père Noël magnifie Noël avec ce personnage bougon mais ô combien sympathique. Il le magnifie car ce Père Noël c’est un peu vous, moi, c’est un peu nous.

Sacré Père Noël, Raymond Briggs, Grasset jeunesse, 2012, nouvelle édition

Nouveau. J’inaugure mon affiliation avec Rue des libraires avec Sacré Père Noël. Qu’est-ce que cette affiliation? Et bien, si vous achetez un des livres proposés sur ce blogue via Ruedeslibraires.com, vous encouragez un libraire indépendant et je reçois un pourcentage sur les ventes générées par les liens affichés sur ce blogue. J’ai décidé de reverser ce pourcentage a une association dédiée à la promotion de la lecture et de la littérature jeunesse, soit La Fondation pour l’alphabétisation ou la Campagne pour la lecture. J’aimerais leur verser alternativement l’argent. Cela risque de prendre du temps car je ne publie pas frénétiquement et je ne m’attends pas non plus à générer des « milliards de dollars », mais cela me tient à coeur.

Pour acheter, Sacré Père Noël, c’est ici

Sous peu, chacun des livres critiqués ici sera accompagné d’un lien vers Ruedeslibraires.com

Le Yark, monstrueux, mais pas que

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«Parmi tous les types de Monstres qui grouillent sur la terre, l’homme est l’espère la plus répandue.

Il en est une autre, cependant, plus rare et moins connue.

C’est le Yark

Amateur de livres « gentils », amateurs de livres avec de « bééééllles valeurs » ce livre n’est pas pour vous. Ou alors, si un petit peu, histoire de s’effrayer un peu et de rire noir et jaune, sans se cacher. Le Yark de Bertrand Santini c’est de l’humour noir, des frayeurs, le tout à une puissance nucléaire incroyable. Le Yark c’est du » yark, c’est génial » ou encore un »yark, il a pas écrit ça quand même » et de rire bêtement tout en le »pensant-lisant-partageant à voix haute ». Pourquoi? Parce que la plume est incisive, réjouissante et a une gouaille qui oscille entre prose, conte et …. allez j’ose la comparaison… brèves de comptoir philosphico-sociales.

Mais qui est le Yark? C’est un monstre, qui a l’air bien sympathique, un gros nounours, mais c’est bien connu, l’habit ne fait pas le moine! Sa nourriture ce sont les enfants sages, les mauvais lui donnant des troubles digestifs. Il ne s’embarrasse pas de faux sentiments et quand il doit manger, il mange. Après tout, c’est une question de survie. Mais -oui, il y a un « mais »- le Yark va changer. Comme quoi, la férocité, l’humour noir et grinçant n’empêche pas « les bééélles valeurs »…En plus, le Yark, aussi terrible qu’il puisse être, est… terriblement attachant. On préfère toujours les anti-héros aux héros.

«De nos jours les chenapans pullulent sur terre comme des pustules au menton des sorcières. Les cours d’école grouillent d’un petit peuple bête et méchant, portrait caché de leurs parents.» p.15

En plus, ce livre est beau. Oui, beau. Des illustrations à la couverture, Le Yark est un bel objet. On s’attarde sur les illustrations minutieuses de Laurent Gapaillard, à la monochromie épique. Oui, vous avez bien lu, épique. L’univers du

Yark est représenté dans toute sa folie, dans toute sa férocité, mais aussi dans une douceur retenue. Chaque illustration est un tableau où font écho la force et la saveur du texte de Bertrand Santini.

Alors, oui, c’est un livre pour enfants, oui, oui, triplement oui! Car la littérature jeunesse,cela peut aussi être du sarcasme, de l’humour noir, être un peu cruel et être réjouissant en même temps. Vive le Yark!

Gaëlle, Livres comme l’air, Fantasia, Le bocal à grenouilles, et Lili les merveilles ont aussi aimé.

Le Yark, Bertrand Santini, illustré par Laurent Gapaillard, Grasset-Jeunesse, 2011, 76 p.

Ma première participation à mon premier, le seul et unique challenge, le bien nommé « le monstrueux challenge », trouvé dans une des pochettes du Cabas de Za

La boulangerie de la rue des dimanches, une lecture nuage

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La boulangerie de la rue des dimanches c’est comme un croissant au beurre bien doré, il nous fait saliver juste à le regarder et à lire la première page. Ensuite, on croque dedans et on plonge dans un véritable délice. Une fois terminé, il nous laisse rêveur comme lorsqu’on vient de finir un macaron: c’est une lecture nuage.

Lorsque Louis Talboni et Adèle Pelviaire se rencontre, c’est le coup de foudre. Celui qui dure toute une vie, celui qui va leur faire tout oublier…. même d’apprendre un métier. Ils vont donc vivre d’amour, d’eau fraîche et de musique. Leur vie c’est la musique, celle de Vivaldi et ses Quatre saisons. Leur pauvreté n’empêchera pas leur fils Jack d’avoir une enfance heureuse, «tous les jours, avec Papa et Maman, c’était dimanche, tant il est vrai qu’Amour et Musique savent reboucher bien des trous et panser bien des plaies». L’amour donc, un amour fort et intense, même dans la mort: Adèle et Louis meurent en même temps, ensemble. Jack se retrouve donc à l’Orphelinat où il va apprendre le métier de boulanger. Sa spécialité? les baguettes pas trop cuites et les éclairs au chocolat. C’est tout. Et c’est bien assez. En rachetant pour une bouchée de pain (oui, facile, mais je devais absolument la placer) une boulangerie, c’est tout une rue, tout un quartier qui vont s’en trouver transformés.

Dès la couverture, on devine une lecture spéciale. Son esthétisme via les couleurs et l’illustration donnent le ton: l’ambiance sera douce, le temps n’existera pas. Place à l’intemporalité. Le petit médaillon à l’intérieur duquel on peut voir une rue animée, des sourires, la boulangerie Talboni, etc, est comme une photo. Un arrêt sur image. Le lecteur pose son oeil sur la caméra et voit un instant figé. Cela fait aussi penser à ces vieux films en noir et blanc, quand le film se termine sur un médaillon centré sur l’écran noir et qui donne à voir le mot, ou plutôt l’image de la fin. À cela s’ajoute la typographie utilisée pour le mot « Fin », elle aussi fait penser à ces vieux flms.

Cette empreinte intemporelle n’est pas seulement visuelle. On la retrouve aussi tout au long du récit. Il n’y a en effet pas d’indications précises de temps. L’histoire peut très bien se passer avant, maintenant, plus tard. Et ceci, cette intemporalité, place le cadre. Un cadre dans lequel évolue un personnage atypique, différent. C’est aussi là que réside le charme de ce roman illustré: Jack étonne, Jack ne ressemble pas aux autres héros. Et son histoire, ah son histoire elle est tout simplement merveilleuse ! Merveilleuse car à la fois légère, triste, tendre, loufoque. Bref, tout un mélange, mais un mélange savamment dosé. Et la narration, ah! c’est un véritable moment de bonheur, on relit encore et encore certaines phrases tant elles charment ou font rire. Plus qu’un sens de la formule, Alexis Galmot a le sens des mots: il sait raconter une histoire.

Les illustrations de Till Charlier sont aussi des moments à savourer, à la fois douces, mélancoliques, drôles, elles sont l’expression visuelle de ce nuage qu’est La boulangerie de la rue des dimanches. Elles me font penser à Bruno Gibert, avec leur traits un eu hachurés, et le côté parfois loufoque qui s’en dégagent,

«Un samedi après-midi, dans un couloir du Conservatoire, Louis demanda à Adèle si elle voulait bien aller s’asseoir à côté de lui sur le banc, dehors. Adèle refusa une fois par décence, une fois par timidité, une fois par pudeur, une fois par erreur, et la cinquième fois, elle accepta.»

Sophie, Fantasia et Gaëlle ont également aimé

La boulangerie de la rue des dimanches, Alexis Galmot, Till Charlier, Grasset-Jeunesse, 2011, 75 p.

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