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Archives de Tag: science-fiction

Accrocheur, rondement et intelligemment mené: Averia, tome 1: Seki

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Tout un roman de science-fiction et tout un auteur à surveiller!

Averia est une planète où humains et Tharisiens cohabitent. Les Tharisiens se sont emparés d’Averia par la force et la guerre a laissé sa trace dans la mémoire collective mais aussi dans la vie civile. Les politiciens humains forment un gouvernement fantoche à la solde des dirigeants tharisiens et les droits ne sont pas les mêmes pour tous. Certains humains s’accommodent de cette cohabitation, trouvant que leur situation n’est pas si dramatique et  surtout ils veulent vivre en paix. Seki en fait partie. Sa soeur Myr est tout le contraire: elle ne souhaite qu’une seule chose: la révolution et le départ des Tharisiens, quitte à passer par leur extermination…

Patrice Cazeault a construit son histoire autour de cette dichotomie des personnages. Le récit alterne entre les voix de Seki et de Myr et marque bien leurs personnalités si distinctes. Chacune est une personnification du peuple humain d’Averia: ceux qui se taisent et ceux qui grondent. À leur façon, elles incarnent aussi des extrêmes: Myr et sa haine face à Seki et son silence obstiné et aveugle. Elles sont à la fois témoins et actrices de ce qui ronge la société humaine et Tharisienne. Et ce qui ronge la planète, c’est le silence et la haine.

Les deux soeurs semblent, de prime abord, sans nuances. Et pourtant. Cazeault amène le lecteur a élaborer lui-même ces nuances en passant par les caractères forts de Myr et Seki. On les saisit via cette farouche opposition qui les divise et par les quelques petits détails de leur vie et de leur passé. Seki est éteinte, soumise mais son refus de la violence nous permet de nous y attacher et de croire en son rêve de paix. Myr est si virulente, emplie d’une violence rentrée – elle parle d’exterminer les Tharisiens qu’elle considère comme de la vermine – qu’elle en est effrayante et nous donne envie de hurler face à l’idéologie révolutionnaire qu’elle recrache: tout pour la cause, l’humain est secondaire. Pourtant, le lecteur comprend Myr car il ressent ses meurtrissures (cause de sa haine des Tharisiens) et reconnait aussi sa volonté féroce de vivre libre.

Patrice Cazeault aurait pu tomber dans la caricature, mais il a réussi à broder des personnages complexes qui, sous une apparente monochromie idéologique, amènent le lecteur à se questionner, se passionner et refuser à la fois les extrêmes et le silence. Avec cette alternance de point de vue, le lecteur vit ainsi au plus près de Seki et de Myr et lorsque l’action pointe le nez, il n’a plus qu’à suivre, d’autant plus que les scènes sont bien découpées, dynamiques avec des chutes de chapitres particulièrement punchées et qui font tourner vivement les pages. Elles gagneraient cependant à être un peu plus étoffées pour donner plus de corps au roman.

Aucun répit ne nous est laissé avec les interventions journalistiques de Charal Assaldion ni avec le dialogue presque « serein » que Seki entame avec le personnage d’Haraldion, un Tharisien qui lui témoigne de l’empathie dans un moment où elle est à la merci des Tharisiens. Ces passages donnent l’impression, au premier abord, de laisser le lecteur respirer entre deux plongées dans les univers mentaux de Seki et Myr. On s’y imprègne en fait encore plus du climat qui règne à Averia:coups bas politiques, démagogie provenant à la fois des révolutionnaires et du gouvernement Tharisien, conflits politiques internes qui gangrènent le gouvernement. Bref, le lecteur se rend compte que rien n’est simple sur Averia et les conflits qui rongent les sociétés tharisiennes et humaines sont des méandres sinueux à l’origine complexe.

Patrice Cazeault a réussi à construitre une trame narrative et une histoire prenantes avec des personnages forts, cependant cela s’essouffle un peu à certains moments. Cet essoufflement se marque à deux niveaux: le personnage de Myr devient un peu redondant avec “cette plaie ouverte” que nous donne sans cesse à lire son monologue intérieur. On peut certes être compagnon de ses pensées, mais il aurait été encore plus marquant de voir cet état que de “se le faire dire”aussi souvent. Myr est rongée par la haine et son discours idéologique est une cassette qu’elle ne fait que repéter, mais sa douleur intérieure, source de ce discours de haine, aurait gagnée à être plus nuancée dans son expression.

Le second point concerne Seki par laquelle la résolution de l’histoire arrive: elle prend subitement position et ce changement intervient sans nuances, il est trop brusque: le lecteur n’assiste pas à l’évolution de Seki, il se le fait dire. La fin qui en découle en est précipitée et cela rompt avec le caractère élaboré du reste du récit.

Malgré ces deux points, ce premier tome de la série Averia est terriblement accrocheur, rondement et intelligemment mené. Patrice Cazeault a le sens de l’action et des nuances. Il entame avec Seki une série prometteuse et il a planté les grains de la curiosité: Tharisiens qui êtes-vous? D’où venez-vous?

On les pressent miroir des humains…

Prospéryne a parlé de Seki ici et Eve en a aussi parlé sur Sophielit.ca.

Pour faire un tour sur le blogue de l’auteur, c’est par ici.

Averia, tome 1: Seki, Patrice Cazeault, Ada, 2012, 348 p.

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Aria, la ciguë. C’était pourtant prometteur

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Aria est une synesthète, elle associe deux ou plusieurs sens ensemble: elle perçoit ainsi les lettres comme des couleurs, associe des nombres à des positions dans l’espace, ou encore des voix à des figures animales, elle mêle aussi odeurs et couleurs. Il est difficile pour elle de s’intégrer aux autres, toute conversation est complexe à suivre en raison de sa particularité qui la rend extrêmement sensible à son environnement et à ses contacts extérieurs.

Elle reçoit un jour un message codé d’un jeune homme étrange, Xéod, et le suit jusqu’à l’Académie Socrate, une école au sein de laquelle on trouve des gens très particuliers. Aria ne va pas tarder à découvrir que l’académie regorge de secrets et que sa venue est très attendue.

Au départ, la lecture fut prenante. Ayant lu le tome 1 de la série Nessy Names, et ayant été très emballée à l’époque, je me suis lancée avec avidité dans cette nouvelle aventure.

Le début est plutôt bien mené. La synesthésie d’Aria, les difficultés que ce don représente tant dans son appréhension du monde que dans ses relations avec les autres est bien rendu: on sent le mal de vivre d’Aria, sa solitude, mais aussi sa force, car la jeune synesthète a un caractère bien trempé! Elle puise en effet dans sa particularité une force de caractère qui l’aide à affronter le monde et les autres. Sa différence n’est pas juste une « tare » sociale, mais aussi une affirmation de soi, encore faut-il que la jeune fille se montre raisonnable, soit moins prompte à juger, et comme le dit Esméralda, la doyenne de l’Académie, qu’elle mette « de l’eau dans son vin »!

Les personnages sont intéressants, chacun a une histoire propre, chacun a une présence intéressante, bref, la curiosité est attisée.

On se demande ainsi qui est le mystérieux Socrate, le fondateur de l’Académie et surtout, pourquoi a-t-il créé cet endroit? D’autres protagoniste comme Xéod, Esméralda, Aziza ou encore Julius, l’autiste Asperger, ne sont pas en reste,  chacun cache quelque chose. Intrigant.

Pourtant, l’histoire s’enlise peu à peu. Il y a trop de longueur sur le caractère impétueux et asocial d’Aria, et surtout le rythme s’alourdit. Le mystère traîne, la curiosité s’affaisse tant on a l’impression qu’il ne se passe rien. L’enchainement des situations n’est pas fluide, les dialogues deviennent lourds, le nombrilisme du personnage d’Aria énerve tant il dure, bref le mystère devient lassant à suivre et perd de sa saveur.

Il en est de même pour les rapports entre Xéod et Aria, et Xéod et Aziza (des rapports amour/haine, amour/amitié), car ils sont sans saveurs, ne lèvent pas et n’apportent pas ce petit quelque chose qui fait que l’on craque pour les personnages. Vous savez, ce petit détail, cette touche en plus? Je n’ai donc pas fini, j’ai survolé le reste du livre, histoire de me donner une idée de la fin. L’envie n’était plus là.

Ici, tout est trop expliqué, tout est trop décrit. Les explications, les « je vous explique ce que vous êtes en train de lire, ce que les personnages ressentent » tuent la narration, et c’est bien dommage, car le début était très prometteur.

Aria, la ciguë, tome1.Michèle Gavazzi, édition Porte Bonheur, coll. La Clef, 2010.

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